Living In The Material World

Martin Scorsese est, depuis toujours, un grand amateur de musique. Les bandes originales de ses métrages en attestent amplement et sa filmographie même en est une preuve supplémentaire. La série documentaire sur le blues qu’il a initié, son concert filmé des Rolling Stones (Shine A Light), No Directions Home sur Bob Dylan voire Woodstock (monteur et premier assistant réalisateur) sont autant de plongées au cœur d’une musique populaire où la six cordes pose ses lettres de noblesse. Surtout, le spectateur se retrouve, à chaque fois, au firmament de la culture anglo-saxonne. A ce titre, ne manquait-il pas une autre légende à ce prestigieux panorama ? Bien sûr. Les Beatles, pardi. C’est désormais chose faite avec ce Living In The Material World où George Harrison, le guitariste mythique des Fab Four, est le sujet.

Le cinéaste américain surprend avec ce documentaire par la forme investie, se rapprochant de la direction artistique de No Directions Home, convoquant archives, films personnels, entretiens d’hier et d’aujourd’hui, photographies. Non pas que cette démarche soit réellement novatrice mais le boulot accompli mérite le respect. Il va, en effet, réussir l’équilibre entre ces multiples supports, tous d’une grande qualité et passionnants, en jonglant habillement ente eux provoquant un réel plaisir au spectateur. Le film ne dénote donc pas par une mise en scène, par définition absente, mais plus par son montage monstre quand on pense à la quantité de matériaux que Martin Scorsese a dû avoir entre les mains, les yeux et les oreilles. On retrouve alors le sens du rythme du maître, cette capacité à jongler entre passé et présent, et surtout cette volonté de ne pas déborder de sa ligne de conduite et de son enjeu principal. Living In The Material World tente, en effet, d’éclairer la personnalité de George Harrison. Et rien d’autre. Pourtant, avec les Beatles en hors champ, le cinéaste aurait pu tomber dans la facilité et nous resservirent une soupe maintes fois vue. Inutile d’énumérer les poncifs du genre, ils sont facilement reconnaissables. Par la même occasion, le film va casser le statut de rock star habituellement dévolu à ce genre d’entreprise. Le propos du film ne va donc pas sacraliser, au sens hagiographique, le guitariste. Au contraire, il le rend humain. Passionné, toujours ; refoulé, parfois ; jusqu’au boutiste, généralement. En un mot, le spectateur entre dans les contradictions d’un homme simple qui était honnête dans ce qu’il entreprenait. Martin Scorsese fait bien du cinéma, non pas un vulgaire reportage.

Living In The Material World est donc réjouissant. Néanmoins, il n’en demeure pas parfait. La faute en revient à une longueur parfois excessive et à un nerf du film mal maîtrisé. Le film s’attache ainsi, pendant un temps conséquent, sur la percée mystique dans un discours redondant. Placé en plein milieu du métrage, après deux heures de vision, il devient l’épisode le plus problématique en terme de construction. Bien sûr, cette période était importante dans la vie de George Harrison car elle a marqué une évolution nette, autant chez l’homme que chez l’artiste. Il est, également, convenu qu’il fallait du temps pour rendre l’hommage qu’une telle légende mérite. Néanmoins, ce temps est-il autant imparti chez le spectateur ? Il a le droit d’en douter. Living In The Material World finit donc par lasser à la longue. Heureusement, le film se rattrape par la suite progressivement, le film étant tellement riche qu’il arrive à évoluer dans ses thématiques sans laisser trop d’amertume.

Malgré un défaut majeur, ce documentaire remplit parfaitement sa fonction : celui de faire un portrait sincère sur un homme sincère par un homme sincère. Surtout, il donne physiquement envie d’écouter de la bonne musique (si tant est que l’on considère les Beatles comme de la bonne musique). Bref, un film anti eMpTyV (spéciale dédicace à Kurt Cobain pour cette expression).

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