Drive

Drive, c’est le film attendu comme l’un des meilleurs de l’année. Position légitime du spectateur et de la critique ? Oui, à la vue de la filmographie de son petit génie de réalisateur, Nicolas Winding Refn, qui vient prouver qu’il faut définitivement compter sur le Danemark pour sortir des cinéastes enthousiasmants (avec Lars Von Trier, quoiqu’on en dise, Thomas Vinterberg, dont Festen avait marqué les esprits, ou Carl Th. Dreyer, pour l’un des plus anciens). Le choc de la trilogie Pusher, la sincérité de Bleeder, la maîtrise d’Inside Job, la puissance de Bronson, l’esthétisme de Valhalla Rising étaient là pour nous rappeler que Nicolas Winding Refn aller sortir une bonne grosse claque de cinéma comme il en existe rarement en une année.

Drive, c’est l’histoire du « chauffeur » (« driver » en version originale), cascadeur le jour dans l’industrie hollywoodienne, conducteur la nuit pour le compte de gangsters qui recherchent un véhicule pour commettre leurs méfaits. Alors que sa vie paraissait rangée, calculée et mutique, à l’instar du jeu tout en intériorité de Ryan Gosling, le héros va se lier avec sa voisine de palier, une jeune femme interprétée par une Carey Mulligan ultra touchante, élevant seule son fils d’une dizaine d’années. Des amabilités vont s’ouvrir, des jeux vont se mettre ne place, des nœuds vont se tisser. Le père, absent au début, va sortir de prison et va entraîner le « chauffeur » dans une spirale infernale.

Drive, c’est avant tout un film hybride. Il ne faut pas croire la bande-annonce, ni l’affiche si le spectateur veut aller voir un ersatz de film d’action. Le cinéaste va se faire un malin plaisir à plonger dans toutes les formes cinématographiques pour nous rappeler l’ouverture, la pluralité et la puissance du Septième Art. Thriller (via le film de vengeance), polar (via le film de poursuite), comédie romantique (via le triangle amoureux), film d’horreur (via le slasher) sont autant de métastases cinématographiques qui contaminent le film. Références américaines, européennes, asiatiques viennent innerver chacune des situations, dans les relations entre les personnages, dans leur attitude, dans l’explosion de violence, dans les scènes d’action. Drive prouve, tout simplement, que le cinéma est universel. D’ailleurs, il n’hésite pas à désamorcer les genres, passant de l’un à l’autre, fuyant certains tenants et aboutissants. Il ne faut pas y voir un échec ou un rejet de genre. Nicolas Winding Refn est parfaitement conscient de ses effets. Il veut juste brouiller les pistes, multiplier les enjeux de son film et donner une . Il faut voir comment le réalisateur puise dans chacune des formes pour faire de son film une multiplicité des atmosphères. Grâce à ce métissage, le spectateur va se retrouver au cœur des émotions humaines. Excitation, surprise, dégoût ou tendresse font sortir du film terriblement humain. Nicolas Winding Refn en profite, en plus de faire plaisir à son spectateur, pour se faire un petit plaisir personnel en déclarant, haut et fort, son amour du cinéma sous toutes ses formes. Néanmoins, faut-il convenir à un film seulement théorique ? Non, car sous ces pulsions formelles, Nicolas Winding Refn n’oublie pas d’offrir un discours.

Drive, c’est également un parcours humaniste. Alors qu’à première vue, tous les personnages sont des figures et prennent valeur d’absolu, le métrage reste absolument proche du spectateur. Le ralenti, procédé de mise en scène parfois pompeux, n’est, ici, utilisé que pour mieux iconiser les personnages. Il a valeur de les cerner de manière simple, précise, directe pour mieux faire passer le parcours de chacun, et surtout celui du « chauffeur ». Ryan Gosling, au début du film, n’est peut-être pas seul par envie, volonté ou libre-arbitre. Nous ne serons jamais rien de ses origines, de sa famille, de ses proches. Mais plus le film avance, plus le spectateur se rend compte qu’il est perdu. Mutique, comme il a été dit plus haut, proche de l’inhumanité car dénué d’émotions, le « chauffeur », quand il rencontre la famille voisine, ne sait plus où il en est. Au travers des relations nouées et des enjeux qu’elles portent (être une figure paternelle, être un ami, être un possible amant), il va se rendre compte qu’il est capable d’être humain. Ses émotions vont alors se démultiplier tant dans la compassion grâce à l’ange protecteur, que dans la violence via son identité d’ange, là aussi, exterminateur. Elles vont, surtout, prouver qu’il est bien en quête d’une rédemption émotionnelle. Le reste du casting, parfait, est au diapason. Carey Mulligan cherche une couverture tant sociale qu’émotionnelle car son existence est, elle aussi, vide. L’humanité, chez Nicolas Winding Refn, est donc bien en déliquescence, en quête de repères et les personnages ne savent pas s’il faut trop en faire ou pas assez. Le tout est renforcé par une bande originale de toute beauté. Le choix de l’électro-pop, que n’auraient pas renié les années 80, apporte une touche de mélancolie supplémentaire au film qui corrobore son régime d’images et son traitement de personnages. On savait Nicolas Winding Refn proche de la culture populaire, quand d’autres parlent d’artiste élitiste et poseur. Il ne faut pas les écouter. Le cinéaste, non seulement par ces perspectives cinématographiques, mais également dans ses choix musicaux, ouvre le spectateur vers des émotions pures.

Drive, c’est finalement, un film fulgurant, passionnant et émouvant, loin de la série B réalisé par un obscur cinéaste danois comme il a, parfois, été dit et écrit. Drive est un objet à voir au premier degré pour en apprécier toute sa beauté et Nicolas Winding Refn fait, définitivement, partie des plus grands cinéastes de ces dernières années.

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