La Guerre est déclarée

La voici la hype du moment, en mode retour positif du Festival de Cannes où il a été ovationné, en mode honneurs répétées du Grand Journal du père Denisot qui a invité l’équipe plusieurs fois pour une bonne promotion, en mode compétition officielle pour les Oscars du meilleur film étranger et en mode revue de presse impressionnante qui y voit un grand coup. Valérie Donzelli avait déclaré la guerre ; on a bien l’impression qu’elle l’a gagnée à plate couture et sans discussion possible.

Sauf que….sauf que tout le monde s’est bien fait avoir….Parce que La Guerre est déclarée a été vu comme une réussite émotionnelle (un hymne à la vie, blablabla et etc)…Problème, on parle, ici, d’un film, donc de cinéma. Et cinématographiquement, le film est une catastrophe.

Cette guerre, c’est celle de Roméo et Juliette qui découvrent que leur fils est gravement malade. S’en suit alors toute une série de situations que le couple va devoir affronter. Oui, c’est dur et peu de personnes auraient eu leur courage, leur force, leur dignité. D’ailleurs, même si quelques errements des personnages apparaissent détestables et nous donnent envie de leur cracher à la gueule (parisianisme outrancier, égoïsme primaire, côté politiquement incorrect surfait), qui sommes-nous pour juger de leur caractère ? Peut-être que nous aurions réagi de la même manière dans une situation similaire. La réalisatrice, Valérie Donzelli, et  son scénariste de compagnon, Jérémie Elkaïm, qui font aussi les acteurs, ont posé leurs tripes sur la bande et on peut les remercier pour ça, pour avoir fait de La Guerre est déclarée un objet sincère et personnel, réfutant tous principes mercantiles, de commande ou de diktats de studio. Le métrage propose à ce niveau un petit côté Do It Yourself (Valérie Donzelli est également coiffeuse et maquilleuse ; Jérémie Elkaïm s’est occupé de la musique) qui corrobore cette démarche assez salvatrice.

Mais tout cela fait-il un film ? Clairement, non. Une succession d’événements ne fait pas un scénario. Une succession de plans caméra à l’épaule ne fait pas une mise en scène. Valérie Donzelli a voulu être proche du spectateur dans une optique néo-réaliste comme pour nous montrer que leur situation pouvait arriver à tout le monde. Mais être proche ne veut pas dire refuser la réflexion. Rappelons-nous les leçons des grands maîtres néo-réalistes italiens sur qui elle lorgne indéniablement. Leurs mises en scène étaient extrêmement construites, où le cadrage et le mouvement étaient de rigueur, ils ne se contentaient pas de poser leurs caméras au beau milieu de la rue. Leurs scénarios étaient très écrits, ils ne disaient pas à leurs acteurs, certes non professionnels, d’exprimer des banalités en improvisant. Leurs montages étaient cohérents, car montrant montraient toutes les causes et les conséquences d’une situation, ils ne faisaient pas succéder des scénettes de la vie quotidienne. Tout était fait pour créer des enjeux cinématographiques dans la banalité. Et surtout, ils posaient une réalité effective, celle de l’après-guerre, et dégageaient une optique politique, proche du communisme.

Or, la réalisatrice a complètement annihilé les enjeux de ce type de régime d’images pour aller vers quelque chose de plus simple, de plus « universel ». Il ne faut pas voir dans cette démarche un refus de mise en scène. Au contraire, Valérie Donzelli est intelligente et sait exactement comment manipuler le spectateur. Tous les événements se passent dans le champ, sans montage, de manière frontale, pour ne rien nous faire perdre de leurs difficultés. Rien ne nous n’est épargné. Tout nous est montré et expliqué. Comme tout se passe devant nos yeux ou dans nos oreilles, les tenants et les aboutissants de chaque situation n’offrent aucune perspective de réflexion. Et quand il y a hésitation au niveau de la compréhension, des artifices (inserts, cartons, voix off) en rajoutent une couche en étant beaucoup trop explicites. Le film devient, alors, sans intérêt. Pire encore, les situations, toutes plus dramatiques les unes que les autres, s’enchaînent naturellement. Certes, cela s’est, sans doute, passé comme décrit, le spectateur ne va pas, non plus, faire une enquête. Néanmoins, il ne faut pas oublier que, sur un écran de cinéma, une succession de tragédies passe pour de la redondance lourde et absolue. De plus, les personnages en jouant leur propre vie deviennent insignifiants car ils ne sont pas suffisamment écrits. Ils souffrent d’une caractérisation symbolique puérile (les prénoms du couple, quant à celui du fils, c’est Adam, paye ta nouvelle naissance après la maladie !), manquent de perspectives d’évolution et surtout, ils jouent terriblement mal. Leurs performances sont clairement dictées par ce rapport de proximité avec le spectateur. Ce dernier n’étant pas un grand acteur inné, ils ont décidé de refuser le jeu pour lui montrer que tout le monde peut être logé à la même enseigne. A trop vouloir être réalistes, ils perdent leurs identités cinématographiques. En lieu et place de la réflexion, Valérie Donzelli a préféré l’émotion pure, dure, directe. Problème, cela s’apparente plus à une logique assez détestable de chantage (« Regardez comme on a souffert ») que de recherche de cinéma. Tout est, finalement, faussement gratuit, hypocritement forcé, terriblement poussif.

Trop, c’est trop ! Et le spectateur doit lutter pour ne pas lancer son siège contre l’écran devant tant de recherche tout sauf cinématographique et de dictature de l’émotion. La guerre a été déclarée…Et elle a été perdue par la réalisatrice. Le cinéma est bien trop fort.

 

 

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