Captain America : The First Avenger

Et ça continue ! Marvel n’en finit plus de puiser dans son, certes immense, catalogue pour nous balancer des blockbusters à la gueule. Si ce Captain America, deuxième du nom après la version d’Albert Pyun, n’est pas le plus mauvais film de super-hero réalisé, il n’est pas, non plus, un chef d’œuvre du genre.

La faute en revient, aux développeurs, comme d’habitude me direz-vous, et au réalisateur. Le pauvre Joe Johnson n’est pas qu’un tâcheron sans nom et il apparaît même plutôt légitime à la vue de sa filmographie. Souvenons-nous, en effet, de Rocketeer, film pour toute la famille, mais qui avait le mérite de poser son héros comme un avatar Marvel. Encore que…On disait bien que Kenneth Branagh était un bon choix pour Thor avec sa dimension shakespirienne, on a vu le résultat…

Non, ce qui manque à Captain America, c’est bel et bien une identité, qui n’est pas toujours absente du genre mais qui fait cruellement défaut dans toutes les adaptations récentes. C’est vrai, tous les réalisateurs n’ont pas le crédit, l’aura, l’intransigeance d’un Tim Burton (Batman, Batman Returns), d’un Christopher Nolan (Batman Begins, The Dark Knight), d’un Bryan Singer (X Men, X Men 2) ou d’un Sam Raimi (Spiderman 1 et 2). Et d’autres peuvent avoir un matériau de choix (Watchmen de Zack Snyder, même si on peut quand même considérer que ce dernier possède une identité visuelle mais ceci est un autre débat).

Donc, le manque d’identité…, bien angulaire de ce Captain America qui ressemble, en mode copier-coller à tous les autres films de super-hero sortis sur les écrans. Le cahier des charges est respecté, les clichés sont bien là et les situations plus que convenues. Inutile de s’y attarder, le lecteur sait exactement de quoi je parle.

Et pourtant, Captain America possède des enjeux intéressants. C’est dans la première partie qu’on les retrouve. Car ce héros devenant peu à peu une machine de guerre va être embrigadé dans un déferlement qu’il ne maîtrisera plus. Autrefois jeune homme frêle mais plein de courage, il va s’inscrire dans une logique de figure populaire, mettant en avant des qualités et des valeurs qui font grand bien aux Américains, soucieux de trouver un sauveur, une échappatoire. Ce cheminement va trouver son apothéose, au détour d’une réplique bien sentie et intelligente que je ne révélerai pas (la seule du film ?). Etre une figure populaire, c’est bien. Mais être une figure populaire qui travaille pour son pays et non plus pour le peuple, c’est mieux. Ce physique, cette posture, cette forme nouvelle de soldat va se retrouver au cœur d’un processus de propagande destiné à soutenir l’effort de guerre et à montrer que les Etats-Unis sont fiers d’aller au charbon. Merci beaucoup et grâce à eux, on a eu le droit à la chanson de Michel Sardou. Hélas, cette partie, la seule valable, est bien pauvre, ne dure qu’une trentaine de minutes et est filmée à avec une trop grande facilité, type plan-plan et sans artifices majeurs qui nous feraient réfléchir. En effet, le réalisateur ne prend pas à bras le corps cette problématique, ne vise pas tous les tenants et les aboutissants, et reste en surface. Tout cela est bien agréable mais un comic est basé sur une grande force de thématique. A quoi bon l’adapter si ce n’est pour souligner au lieu de plonger ? Ah oui, pour faire du fric facilement et prendre le spectateur pour un écervelé et flatter ses valeurs les plus basses.

Parce que le reste du film rentre directement dans cette catégorie : éloge primaire du patriotisme américain, vision binaire et manichéenne du monde, combat entre terre libre et terre d’oppression. Tous ces éléments sont représentés, de plus, de manière molle, sans aucune originalité. Les relations entre les personnages n’existent pas (pourtant, il y aurait eu moyen entre le Captain et le Doc), les scènes d’action sont torchées comme une mémé de 90 ans qui n’a plus de couches (mention spéciale aux destructions des différentes bases sur un mode clippesque), et le reste est au diapason.

Mais rendons quelques bons points : le casting, parfait (mais gâché), la musique (Alan Silvestri est quand même un bon bourrin) et le pessimisme de la fin (bon, il est léger, on n’est pas non plus chez Ingmar Bergman).

Captain America se pose, finalement, comme un énième divertissement estampillé Marvel qui tue à petit feu ses adaptations d’œuvres aux contenus pourtant très riches. Celui-ci n’est pas la grosse bousasse annoncée car il y en a eu (et aura) des pires. Mais il reste bien loin du film populaire et réfléchi qui fait la force du genre comic.

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