Melancholia

On savait Lars Von Trier comme n’étant pas le cinéaste le plus optimiste du monde. Mais alors que les titres de ses précédents opus restaient énigmatiques, le réalisateur danois a choisi, dans sa dernière livraison, de livrer ses états d’âme de manière cash, directe, frontale. Boom ! Tout est dans le titre. Et le spectateur est prévenu : Lars Von Trier va plomber l’ambiance.

Mais, ne nous y trompons pas, malgré le caractère pessimiste du métrage, le film est réjouissant. D’une part, parce que les qualités plastiques sont indéniables ; d’autre part, parce que le discours est universel. En effet, en nous narrant l’histoire de deux sœurs, interprétées par Charlotte Gainsbourg et Kirsten Dunst, toutes deux magnifiques, à un moment charnière de leur existence respective, Lars Von Trier va plonger dans les arcanes de la nature humaine pour mieux la dilapider. Alors, certes, cela peut ne pas être beau à regarder mais notre ami danois a le mérite de ne pas tomber dans la naïveté édulcorée et d’être honnête envers lui-même (il traversait une forte période de dépression au moment du tournage) et, surtout, envers le spectateur.

Dans la première partie du film, où Kirsten Dunst a le premier rôle, le cinéaste nous plonge au cœur d’un repas de mariage qui se fissure peu à peu. Là où les stéréotypes bien-pensants de ce type de célébration auraient poussé à l’apologie du bonheur, Lars Von Trier nous plonge dans une vision cauchemardesque qui n’est pas sans rappeler l’incroyable Festen de Thomas Vinterberg, autre cinéaste danois et réalisé sous la théorie du Dogme 95 dont Lars Von Trier a été l’un des instigateurs principaux. Oui, une famille n’est pas forcément toujours unie. Et oui, une mariée peut avoir des doutes sur les actes qu’elle est en train de faire. Encore mieux, elle envoie tout bouler comme pour mieux montrer que la vie, ce n’est pas (qu’) une partie de plaisir et que les réussites sociale, familiale et professionnelle ne sont pas le parangon de l’existence.

Nous retiendrons notamment le personnage interprété par Charlotte Rampling, brillante idée de distribution avec son charisme tout en cinéphilie, le seul à survoler les débats, à se faire disputer par les autres et à ne pas se faire avoir par la dictature du bonheur, et sans aucun doute alter ego du réalisateur dont le rôle est d’étayer la vision de Lars Von Trier. Et surtout de se rassurer quant à son discours.

La deuxième partie du métrage, où Charlotte Gainsbourg se taille la part belle, se concentre sur la vie au quotidien de la famille. Et là aussi, les dégâts sont nombreux. Crise de confiance, lâcheté des personnages au moment d’aborder une situation difficile, il est bien dur de se construire personnellement et de bâtir des relations solides lorsque tout le monde apparaît perdu, tendu et légèrement vaniteux. Une remarque sur cette partie. On a beaucoup lu, ici ou là, que Lars Von Trier est un cinéaste misogyne. Il ne faut pas croire ces considérations, écrites et dites par des personnes qui n’ont pas vu les films. Les deux personnages féminins sont, comme à l’accoutumé chez Lars Von Trier, d’une admirable force qui mérite le respect.

Retenons une fois encore, une autre merveilleuse idée de casting : Kiefer Sutherland, l’habituel et surhumain Jack Bauer de la série 24 Heures Chrono, joue ici une homme blessé et pas exempt de tout reproche, mettant ainsi en évidence un beau contrepoint d’acteur.

En rentrant dans la vie de personnages tentant de gérer des banalités, au détour d’une mise en scène tour à tour tendue et aérienne, Lars Von Trier fait preuve d’universalité. En effet, le cinéaste danois a construit son film, finalement, de la manière la plus simple qui soit, en représentant des moments à la fois insignifiants et sur signifiants. Tout le monde peut ainsi se reconnaître dans les questionnements des personnages, les prendre pour ou contre soi, être d’accord ou révulsés avec les actes proposés. Melancholia témoigne à ce niveau de la grande puissance évocatrice du cinéma où chacun est libre d’interpréter les messages artistiques.

Notons enfin un parallèle intéressant avec un autre grand film sorti cette année sur les écrans : The Tree Of Life de Terrence Malick. Alors que le réalisateur américain propose une réflexion sur le bonheur, Melancholia est, lui, un exercice sur la douleur. Avec leurs enjeux universels, les deux films se répondent parfaitement et forment un ensemble artistique cohérent où les deux points de vue, loin d’être distants l’un de l’autre, se complètent pour former une représentation totale de la nature humaine. Les deux films méritent d’être vus à la suite.

Au final, Lars Von Trier propose une vision absolument désenchantée du monde. Mais il faut bien avouer que la mélancolie n’a jamais été aussi belle.

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