Restless

Restless de Gus Van Sant nous arrive tout droit du Festival de Cannes où il n’a pas réussi à séduire grand monde. Un cinéaste de sa réputation, déjà palmé de surcroît, n’était que dans la sélection Un Certain Regard. Il n’a rien ramené. Et il en serait presque normal car ce Restless n’apparaît pas comme le film le plus important de Gus Van Sant. Pas de buzz énorme, pas de papier élogieux, le film n’est pas aussi attendu que d’autres. Il est, par contre, son plus accessible car il annihile ses pulsions théoriques (Psycho, Elephant, Gerry, Last Days), ses plongées au cœur des problématiques adolescentes (presque toute sa filmographie) ou ses ambitions commerciales aussi réussies soient-elles (Good Will Hunting, Finding Forrester, Milk). Pas de mystères ni autour, ni à l’intérieur de Restless, Gus Van Sant va faire de Restless un film différent au sein de filmographie.

Car Restless c’est une simplicité que les détracteurs du cinéaste ne pourront pas mettre en porte-à-faux, le tout malgré un sujet assez délicat à gérer : l’amour entre deux personnes dont l’une d’elles est condamnée par la maladie. Le sujet, casse-gueule au possible, et le genre mélodramatique, archi-rabâché et ponctué de stéréotypes, ne vont pas être dilapidés par Gus Van Sant qui en a vu d’autre et qui, surtout, à toujours fait preuve de compassion envers ses personnages. Comme à son habitude, il va prendre son sujet à bras le corps et en faire un objet premier degré et dénué de niaiseries. Le cinéaste fait, ainsi, preuve d’une réelle identité cinématographique toujours bienvenue.

En lieu et place de rentrer dans la démonstration émotive comme le cinéma a pu nous le faire si souvent (le récent La Guerre est déclarée est là pour en témoigner), le cinéaste va préférer l’élégance d’une représentation pudique. A bas le gros plan, à bas la musique symphonique, à bas la crises de larmes chez le personnage, à bas le discours sur la fatalité du destin ! Le cinéaste n’est pas là pour faire une thèse, il est simplement présent pour nous faire ressentir une émotion sincère, simple et pure. Il va ainsi jouer sur un cadrage naturaliste, sur un jeu de mouvements langoureux, sur un sens inné de l’ellipse et sur un montage toujours bien calé pour nous montrer que la dimension émotionnelle d’un objet n’est pas forcément l’apanage de la dictature du pathos.

Mais le cinéaste ne se concentre pas seulement sur sa mise en scène pour nous émouvoir. Il en profite aussi pour jouer parfaitement avec le décor de Portland, ville pluvieuse, verte et industrielle, avec une musique à la fois folk et minimaliste, sur des costumes vintage qui rendent une atmosphère brumeuse, vaguement mélancolique mais toujours adéquate avec le genre. Surtout, il peut compter sur deux acteurs incroyables, le superbe Henry Hopper et la sublime (et le mot n’est pas assez fort) Mia Wasikowska, qui, par leur jeu, nous bouleversent.

Avec Restless, Gus Van Sant a quelque peu évolué car il n’avait jamais encore réalisé un mélodrame pur et dur. Et il faut bien dire que celui-ci est réussi car étant sous couvert d’une ambition épurée qui colle bien à la représentation et d’une plongée honnête dans les émotions humaines. Le film vient, également, nous rappeler que des clichés, tant de fond que de forme, peuvent être remis au placard par des cinéastes consciencieux.

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