We Need To Talk About Kevin

Encore un retour du festival de Cannes 2011, et celui-ci intriguait tant les premières images étaient déconcertantes et le sujet de départ politiquement assez incorrect : le questionnement d’une mère sur son fils dont le comportement est plus que suspect envers elle mais également envers ses petits camarades de classe.

Hélas, tout ce côté choquant, et finalement assez salvateur dans le cadre d’une lutte contre l’uniformisation, ne reste que sous la lumière du pitch car le métrage n’est pas l’objet auquel on s’attendait. Non pas que We Need To Talk About Kevin soit mauvais (quoique ?) mais il reste terriblement en surface. Jamais la plongée dans le Mal ne retient le spectateur dans la viscéralité d’un questionnement pourtant essentiel quant à la nature humaine : quelle est notre part de Bien ? De Mal ? Ceux-ci sont-ils innés ? Acquis ? La faute n’en revient pas aux acteurs, tous bons malgré un John C. Reilly sous-exploité, mais dans la mise en représentation des aspects maléfiques. Deux aspects rentrent en compte mais surtout, ils rentrent en opposition. La réalisatrice, au lieu de faire simple, pousse dans une symbolique de l’image grossière car trop lourde. Le spectateur peut se rendre compte tout seul de ce qui se passe à l’écran, merci pour lui. Ce n’est pas la peine, non plus, de pousser le bouchon trop loin. C’est comme si Lynne Ramsay n’avait pas confiance en sa mise en scène initiale. La représentation manque, de ce fait, d’un côté concret et lisible. En contrepoint, l’écriture narrative souffre de faiblesses contradictoires avec la mise en scène. Les dialogues sont trop simples, banals, où les mots explicatifs et profonds ne viennent pas, refusant de concrétiser la thématique, de la prendre à bras le corps, pour qu’ils réussissent à passionner. C’est comme si la réalisatrice avait honte de son sujet. Quant aux personnages, et notamment celui du fils même s’il a le physique de l’emploi, ils ne provoquent ni empathie, ni rejet, tant le spectateur n’arrive pas à rentrer dans leur caractérisation.

La conséquence est alors toute simple : le spectateur se fout un peu de ce qui se passe à l’écran et le film se part d’un ennui poli. Pire, il peut être pris pour un abruti car incapable d’interpréter le sens du film. Mais surtout, il est perdu. Avec We Need To Talk About Kevin, Lynne Ramsay aurait pu faire un étonnant et détonnant cocktail de L’Exorciste et Elephant. Dommage, cela ne vient pas.

Mais la réalisatrice, à défaut d’être compétente, n’est pas cohérente dans la construction de son film. Alors que pour être puissant, on aurait dû rester dans l’intime de cette famille, dans leur introspection, un discours sociétal se fait sentir. Si le premier enjeu avait été maîtrisé, cela aurait donné un sentiment de pluralisme au film, non pas pour aérer le spectateur mais pour le martyriser encore plus en dénonçant une société hypocrite et méchante. Mais cette vision n’est, tout simplement, pas à sa place. Elle arrive, parfois, comme un cheveu sur la soupe et donne un cachet encore plus balourd. Mais elle vient surtout prouver que la réalisatrice avait trop d’ambition. Il ne faut pas y voir une remarque désobligeante tant le spectateur peut voir des métrages d’une pauvreté abyssale. Cependant, il faut bien avouer que cela rend le film surfait car à trop vouloir explorer des thématiques, We Need To Talk About Kevin se perd alors dans son identité propre. La réalisatrice aurait mieux fait de rester dans l’intime. Le film en aurait gagné en unité, et donc en efficacité pour nous mettre mal à l’aise.

Le film aurait pu être fort. Il n’est, finalement, que mineur. Et il faudrait se poser une question sur la sélection au Festival de Cannes : une ambition fait-elle forcément un bon film ? La réponse est clairement non. Regarder les films avant de les mettre sur l’autel de l’auteurisme cinématographique serait peut-être plus intéressant que de les sélectionner sur le seul fait qu’ils soient réalisés par des réalisateurs à bonne réputation.

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