127 Heures

C’est l’histoire d’un jeune homme qui se prenait pour un rebelle, un super héros américain authentique comme il aime se le rappeler. Il pense, au début du film, se sauver de cette société qui bouge trop vite mais en vain, dont Danny Boyle découpe ses différentes parties. Oui, cette société est multiple, mixte mais elle court dans le même sens. Aron va prendre la direction inverse dans une quête de soif d’absolu, de liberté, de rejet de la société commerciale. Et quoi de mieux, pour tout américain que de partir dans la nature.

C’est tout l’enjeu de la première partie du métrage. Notre personnage principal, comme son réalisateur, le savent ; la nature américaine possède une identité propre et forte : elle est mythologique car à la base du système de valeurs américain, à la base de la construction de la nation. Références filmiques (Butch Cassidy and the Sundance Kid), références géographiques (le parc national du Grand Canyon) sont bien présentes et témoignent d’un certain respect de la part de chacun. La mise en scène de Danny Boyle, faussement ludique, porte davantage la carte de la connaissance d’une Histoire (du pays, du cinéma). Elle met en exergue la puissance évocatrice, théorique et sensible d’un plan d’ensemble sur un paysage, qui se retrouve teinté de valeurs d’osmose et de grandeur, d’un plan rapproché entre le corps et la nature pour mieux signifier le lien indéfectible, charnel, presque cosmique qui lie un Américain à son espace. Mais tout cela ne resterait que sur un plan théorique si Aron ne vivait pas la nature. Heureusement, il le fait et plutôt deux fois qu’une. Hédoniste au possible, le personnage jouit littéralement, commande la carte du fun ostensiblement. Aron veut célébrer la vie que cet espace lui propose, tout simplement, s’ouvrir la multitude des possibles qui s’offre à lui, à son physique, à ses sens, à ses valeurs, à son cérébral, en un mot se sentir exister. Le transcendantalisme, philosophie américaine par excellence du 19ème siècle, a encore de beaux jours devant lui et apparaît comme un remède tout à fait pertinent à notre monde urbain, consumériste, j’en passe et des meilleurs. N’oublions pas que les Pères Fondateurs ne voulaient pas de ville dans le Nouveau Monde…

Hélas, à trop vouloir jouer les pionniers, Aron se prend les pieds dans le plat (ou plutôt le bras !). Car Aron a oublié quelque chose de fondamental : l’humilité, manquement célèbre et célébré, comme a pu le faire récemment Alex, le héros du Into The Wild de Sean Penn (toute proportion gardée, bien entendu). La nature va le rappeler à l’ordre, le remettre devant ses pulsions contradictoires comme en témoigne la fort réussie séquence des images publicitaires de boissons au moment où la soif se fait pressante. La nature n’est pas qu’un piètre jouet destiné à surélever l’ego d’un homme qui croyait la connaître et la comprendre dans ses fondements mêmes. Elle se doit d’être vécue sensiblement, car sa destinée est de construire l’Américain, de le faire évoluer, de le surélever. Aron est trop physique pour elle, voulant trop maîtriser par son corps, ses aptitudes, la chose au lieu de se laisser aller spirituellement. Et la nature ne va pas tarder à consumer le divorce. Elle va, ainsi, lui montrer sa petitesse d’être humain et lui couper son caractère hautain et supérieur. La fin du métrage vient alors montrer que le héros a bien retenu la leçon, qu’il ne pourra plus faire cette erreur « mythologique ». Son corps, devenu meurtri, n’est plus cette barrière entre l’esprit et la nature. Aron et l’espace ne font plus qu’un. Il va ainsi pouvoir vivre cette vie qu’il croyait vivre. Désormais, elle est bien réelle.

Danny Boyle, avec 127 Heures, signe une œuvre purement américaine mais plus que cela, il vient prouver son champ des connaissances. Et, sous le couvert du divertissement, cela a le mérite de ne pas prendre son spectateur pour un écervelé.

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