C.R.A.Z.Y

C.R.A.Z.Y se veut être une chronique douce-amer de l’adolescence, de la découverte de la sexualité et de la construction de l’identité au travers du parcours de Zach, le quatrième fils d’une famille catholique québécoise. Nous le suivons dès 1960, à sa naissance, pour le quitter dans les années 1980.

C’est ici l’occasion d’écouter une bande-son classique de cette période à base de David Bowie, des Rolling Stones et autres icônes musicales de cette période riche et de voir l’équipe en charge des costumes s’éclater sur l’habillement de Zach, passant du hippy, au glam et au post-punk. Certains artifices de réalisation se veulent modernes, notamment via des mouvements de caméra bien sentis, des jeux de miroirs dans le cadrage et quelques montages parallèles souvent émouvants. Quelques séquences valent le coup d’oreille grâce à des lignes de dialogues savoureuses, notamment celles du père, et d’autres peuvent apparaître oser. Nous pensons notamment à l’ouverture d’esprit de la mère, pourtant fervente catholique pratiquante, à la vision christique d’un jeune homosexuel en Terre Sainte ou à une chorale chantant Sympathy For The Devil de Jagger and Co en pleine messe de minuit (Hell Yeah !). La drogue, élément fondateur de la contre-culture de cette période, n’est jamais occultée et est représentée de manière adéquate, c’est-à-dire crue, directe, sans artifice émotionnel. Le réalisateur refuse de tomber dans l’angélisme et se veut être un chroniqueur juste.

Cependant, le film passe quelque peu à côté de son sujet : la défense de la condition homosexuelle dans une société conservatrice. Les corps sont occultés par un cadrage toujours pudibond, ne laissant entrevoir que quelques gros plans sur des tentatives de baisers. Les dialogues dans la relation entre le père et Zach s’essoufflent vite car trop basés sur « – t’es une tapette, – non, j’en suis pas une » etc, etc. Les mots, clairement, manquent de profondeur et n’arrivent pas à contre balancer la faiblesse d’une mise en scène trop pudique. De ce fait, le film est loin d’avoir un propos sur les non-dits. La représentation basée sur le hors-champ corporel trahit finalement un discours de la part du réalisateur aussi naïf que celui de Gervais, le père qui refuse de voir son fils comme il se doit. Le cinéaste préfère épiloguer sur la chronique familiale, certes à son avantage, mais toujours dans le politiquement correct. La longueur du métrage pose également problème car trop évasive. Le  récit ne progresse pas de manière linéaire et le film peut, parfois, devenir ennuyeux et ennuyant. Pour preuve, jamais l’épisode en Israël ne s’adapte dans le corps du film. Il arrive, tout bonnement, comme un cheveu sur la soupe. Heureusement, une fulgurance arrive à nous re-captiver.

Malgré une bonne volonté et un certain esprit de liberté que le spectateur peut sentir au premier abord, ces faiblesses existent bel et bien. Finalement, il se dégage du film une impression de bonne idée noyée dans un conservatisme que le réalisateur voulait sincèrement éviter…Etrange impression de rester sur sa faim !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s