Cortex

Nicolas Boukhrief, après son excellent Le Convoyeur, nous revient avec un polar dont la situation se passe dans une maison de retraite. André Dussollier y campe un ancien inspecteur de police atteint de la maladie d’Alzheimer et qui tente de résoudre une énigme sur des disparitions ayant lieu dans le bâtiment qu’il occupe.

André Dussollier, une maison de retraite : le sujet de Nicolas Boukhrief était tout trouvé, le drame du corps vieillissant. Et force est de reconnaître que le réalisateur a parfaitement rempli son contrat. Nous y voyons ces personnes mal à l’aise dans leurs déplacements, dans leurs activités, dans leurs conversations. Ils sont tous atteints de troubles différents, ce qui rend leur mode de vie bien compliqué. Mais le plus fort reste quand même cette mise en représentation de ces corps, notamment celui d’André Dussollier, filmé en gros plan, scrutant son dos, ses bras, mais également ses yeux. Cette épreuve physique renvoie alors sincèrement à ses peurs émotionnelles, ses doutes et ses paniques, souvent liés à l’évolution de sa maladie. Mais il ne faut pas y voir une quelconque insolence ou un pauvre discours trop lourd de culpabilisation sur l’état de détresse de ces personnes. Le cinéaste a beaucoup trop de respect pour ces gens. Il veut seulement leur donner une humanité, certes bafouillante mais qui répond toujours présente. Il n’y a qu’à remarquer, pour se faire, la relation que le héros entretient avec sa « copine ». A ce titre, les acteurs sont tous à leur avantage, notamment Dussollier qui sort une grande performance.

Mais là où Nicolas Boukhrief est intéressant, c’est dans le déroulement de l’enquête qui vient parfaitement se conjuguer avec l’enjeu du vieillissement. Et en tant que grand cinéaste, il vient convoquer une mise en scène qui double les deux exercices. La caméra ne vient que rarement prendre le point de vue de l’extérieur. Elle reste dans les salles, les couloirs, les escaliers de la maison de retraite soit pour scruter les corps, soit pour englober des personnes âgées littéralement enfermées dans leurs différents espaces de vie, soit pour nous faire ressentir la claustrophobie inhérente à l’enquête. Ces sensations de perception viennent ajouter du suspense à cette empathie envers les personnages. Le gros plan est annihilé par ce dispositif généraliste et vient apporter une pudeur bienveillante.

L’enquête est brillamment menée et le résultat final ne vient pas alourdir un propos sur l’état des maisons de retraite. Cette partie est juste un exercice de style dont la volonté est de jouer avec le spectateur. André Dussollier, qui rappelons-le est atteint de la maladie d’Alzheimer, devient-il fou ? Est-il en train d’inventer ce qu’il voit ? C’est bien le jeu de faux-semblant, cette dichotomie entre le rêve et la réalité qui vient brouiller les pistes et assurer au spectateur un réel plaisir à se laisser embarquer.

Même s’il n’a pas réussi un film aussi fort que Le Convoyeur, Cortex n’en reste pas moins un film de genre honnête, modeste et sympathique. Et surtout respectueux des personnages qu’il a filmés.

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