Des Hommes et des dieux

Après le choc du Petit Lieutenant, polar maintes fois célébré avec la sublime Nathalie Baye et le jeune Jalil Lespert, parfait dans son rôle de bleu, Xavier Beauvois nous revient avec Des hommes et des dieux, long-métrage relatant la tragédie de huit moines jésuites aux prises à un groupe terroriste dans un monastère du massif de l’Atlas.

Malgré un synopsis pouvant viser ouvertement le dramatique dégoulinant, le réalisateur ne tombe pas une seule seconde dans le pathos outrancier et préfère privilégier une représentation pudique et surtout profondément humaine. Chaque plan propose un enjeu de réconciliation. Réconciliation entre l’homme et la nature, tout d’abord, dans une exploration contemplative faite de mouvements de caméra amples et langoureux à la profondeur de champ magnifiant l’universel. Chaque travelling, chaque panoramique est doté d’un enjeu réel, à la fois cinématographique – comment incorporer l’homme dans son milieu, son champ – et social – comment l’homme prend acte de cette nature pour s’en inspirer dans la vie de tous les jours.

La deuxième thématique intègre la réconciliation entre les peuples. Entre les prêtres eux-mêmes mais également entre Blancs, Beurs, Chrétiens, Musulmans. Tous sont faits pour vivre ensemble, dans la plus grande des quiétudes. Entraides, dialogues, confusion des langages, voire démocratie, tous ces éléments sont des outils à la disposition de la communauté, quelle qu’elle soit. Le champ est toujours absorbé par cette mixité des peuples, constituant le plus beau remède au cynisme et au communautarisme. En ce sens, l’utilisation des sons est remarquable, laissant la part belle aux sonorités ambiantes, éclaboussant l’espace passant invariablement du champ au hors-champ. Et la seule utilisation de la musique, intelligemment mise en avant par un son on the air,(ce son présent directement dans la scène via un radio-casette) vaudra au métrage l’un de ses plus beaux moments d’émotion.

Mais Xavier Beauvois ne tombe pas dans la naïveté en énonçant son discours salvateur. La mise en scène peut devenir brute, désenchantée et organique. Elle n’épargne rien au spectateur quand apparaît la violence. Représentation à l’épaule, annihilation de la profondeur de champ, gros plans impudiques, utilisation viscérale des sons, sa caméra se fait témoin de la barbarie. Ce témoignage, Xavier Beauvois veut le faire partager à son spectateur comme pour rendre compte que la bêtise humaine n’est jamais bien loin. Son cadrage bute alors contre le mur de son utopie pour devenir double et toujours proposer un enjeu de la confrontation.

Cette barbarie n’effraie en rien nos protagonistes principaux, tous magnifiés par la présence d’acteurs au sommet de leur art et servis par des dialogues d’une exceptionnelle brillance. Leurs idées, leur foi mais surtout leurs convictions d’hommes libres les forcent non seulement à prendre acte de ce qui se trame de manière apeurée mais à ne jamais se voiler la raison sous couvert de quelconque idéologie. Ils ne sont plus prêtres, ils redeviennent des hommes simplement indignés par ce que peut arriver à faire la condition humaine. Le plan d’ensemble prend alors toute sa cohérence et témoigne de sa force de solidarité, autant dans l’être-ensemble que dans l’absence. Bien sûr, il peut leur arriver de douter. Le cinéaste en témoigne via une utilisation simple et efficace des cadrages resserrés où la dimension émotionnelle – évidence à la vue de ce qui se passe -, mais également physique du personnage prend toute sa force. Leur vieillesse, leur expérience transparaît à l’écran mais est-ce à ce stade de la vie qu’ils vont s’agenouiller devant quantité d’actes odieux ? Le réalisateur pose la question et sa réponse est tranchée : assurément NON ! Le respect, des autres et de soi-même, vaut bien mieux que cela.

Il ressort alors du film une sensation contradictoire. De l’émotion pure, à la vue de la tragédie, mais également un terrible sentiment de colère face à la bêtise humaine. Mais force est de remarquer que rarement un film n’aura offert un tel sentiment d’intelligence. Le spectateur en rêvait, Xavier Beauvois la fait.

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