Hooligans

Le football est clairement l’ennemi du cinéma. En effet, le Septième Art n’a su que très rarement rendre hommage à ce sport, aux exceptions près du Coup de tête de Jean-Jacques Annaud qui joue la carte ou du Portrait du XXIe Siècle qui scrute le corps en action. Pour le reste, notons l’existence de la trilogie Goal ou de La victoire est en nous qui frissent le ridicule. Heureusement, le football, ce n’est pas que le jeu, c’est aussi beaucoup d’à-côté. Et ce Green Street Hooligans (titre anglais plus adéquat) se veut être le témoignage de la frange détestée des Footix (pour info : ceux qui ont découvert le football durant la Coupe du Monde 1998 pour les français mais qui ne s’y intéressent pas vraiment. En gros, ce sont les supporters du Stade de France qui accompagnent le sport dans la victoire mais jamais dans la défaite) : les hooligans.

N’y allons pas par quatre chemins, ce film n’est pas une réussite totale. Il reste une grosse production et la représentation est plutôt édulcorée car la violence, si elle reste au rendez-vous, n’est pas aussi barbare que ce que la réalité nous a montré. Elijah Wood n’est pas, non plus, hyper convaincant tant son visage angélique est éloigné des gueules de la rue. Le film souffre, de plus, de quelques défauts de construction. En effet, le récit d’apprentissage est mené trop vite, des retournements dans l’attitude ou l’identité de certains personnages ne sont pas au sommet de l’originalité et des séquences peuvent frôler les bons sentiments, notamment dans ces fameuses scènes clippées. Ils viennent prouver d’indéniables faiblesses d’écriture. Enfin, il ne faut pas s’attendre à une profonde plongée sociale dans l’univers des Firms (nom donné aux clubs de hooligans), la réalisatrice préférant rester davantage dans le sur lignage que la radioscopie.

Mais Green Street Hooligans a au moins quelques mérites, et en premier lieu, celui d’être sincère. La chose est rare tant le milieu du hooliganisme est décrié par les médias, les institutions du football, les grands patrons de clubs et les familles qui ne peuvent plus se rendre ensemble au stade. Le film s’attache à en montrer quelques postulats indélébiles. L’inscription du club d’abord, et ici, rien de mieux que de suivre les hools de West Ham United, niché dans la banlieue londonienne. Cela se voit dès le titre, cette fameuse Green Street étant la rue où se localise le club de West Ham. Le spectateur remerciera d’ailleurs le club pour que les parties relatives au sport en lui-même soient filmées dans le stade d’Upton Park, bouillonnante enceinte du club. Ce choix de WHU n’est pas anodin car il est le bastion de l’Inter City Firm, violent groupe de supporters d’où est issu le hooligan le plus connu de la Perfide Albion, Cass Pennant. On se souvient avec nostalgie (ou pas !) du célèbre papier que laissaient ces hooligans après une victoire dans une fight : « Congratulations ! You have just met the ICF » (véridique !!!). Petit miracle, il est le conseiller principal du film. Le spectateur va pouvoir alors ressentir ce que c’est d’être un fan hardcore. Mais comme je l’ai dit plus haut, le spectateur va rester en surface car la cinéaste va appuyer sur les relations humaines plus que sur les motivations sociologiques. Il va, ainsi, être saisi de la profonde amitié et de la solidarité qui existent chez ces gens, de la passion qu’ils ont pour le football. Green Street Hooligans a le mérite de ne pas occulter l’humanité qui vient innerver ces personnes. Non, ce ne sont pas des monstres amoraux sans foi ni loi. Ce sont seulement des gens qui sont près à se battre pour leurs idées, pour soutenir son club, son quartier et affirmer son identité. Certains diront que ce n’est pas très glorieux mais d’autres diront qu’il n’existe pas de petits combats. Au moins, tout cela est dit à défaut d’avoir été bien réfléchi. On prendra en compte également la justesse des rivalités et de l’enjeu de la confrontation sportive. Tottenham Hotspur et Millwall FC, entités londoniennes, et Manchester United, détesté dans tout le Royaume, sont bel et bien des clubs ennemis de West Ham United. Enfin, la FA Cup est la compétition footballistique la plus ancienne au monde. Elle revêt une puissance évocatrice forte dans le cœur des supporters. Quoi de mieux alors comme support de l’ultime fight et comme dénouement dramatique que la conjugaison de ces deux postulats ? Le film est, finalement, soucieux d’offrir une représentation assez documentée. Il en devient même, sportivement, consciencieux.

Deuxième mérite : celui de ne pas occulter la violence. Les rixes entre bandes rivales sont bien présentes et assez viscérales pour être crédibles. Quelques jolis plans viennent, d’ailleurs, agrémenter les bastons. Mais là où la réalisatrice fait mal, c’est bien dans la place de cette violence dans la société. Le football n’est pas l’unique place où elle semble avoir sa place. Le film démarre et se termine au sein de l’Université d’Harvard, espace où la violence, si elle n’est pas physique et frontale, prend des habits psychologiques et sournois. Elijah Wood apprend alors à se battre, au sens propre comme au sens figuré, pour mieux se défendre. Contre les supporters ennemis premièrement, mais surtout contre des personnes mal intentionnées dans les plus hautes sphères d’une entité qui lui ont fait perdre toute ambition professionnelle. Cette société apparaît hautaine et sûre de son bon vouloir et son statut pose une question : qui, finalement, est le plus détestable ? Pour l’anecdote, nous noterons l’excellence de la bande originale, véritable concentré de culture pop anglaise qui joue également sur la carte de la sincérité. Certains groupes présents sont de véritables fans de foot : les Stone Roses sont de fervents admirateurs de Manchester City ; quand je disais que ManU était détesté de partout.

Troisième mérite : les acteurs. Si nous avons évoqué le fait qu’Elijah Wood ne soit pas au top, il ne faut pas occulter les autres acteurs. Si tous sont convaincants, un ressort du lot. Il s’agit de Charlie Hunnam qui joue le rôle de Pete. Le comédien est absolument parfait. Sa gueule, sa diction, ses costumes collent parfaitement à l’image que l’on se fait du lad anglais, branleur au grand cœur mais qui ne faut pas trop chercher quand même.

Si Green Street Hooligans n’est pas un grand film, il a, au moins, le mérite d’exister. Et, surtout, il se propose de ne pas prendre le fan de football pour un idiot. Cette attitude est salvatrice pour les cinéphiles footeux (ou inversement) qui veulent que leur sport préféré ne soit pas occulté dans le monde d’un cinéma qui a bien du mal à comprendre le football.

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