The Descendants

Alexander Payne est l’une des figures de proue du cinéma indépendant américain. Succès critique, succès publique, succès institutionnel (Mr Schmidt en compétition au Festival de Cannes 2002, Golden Globes et Oscars en 2005 pour Sideways), il est un wonder boy made in Sundance. Après un Sideways savoureux et qui avait le mérite de donner envie de faire la route des vins, le spectateur était en droit d’attendre The Descendants avec envie. Surtout, George Clooney était susceptible de trouver l’un de ses meilleurs rôles quand on voit ce que le réalisateur a su faire avec Jack Nicholson ou Paul Giamatti.

The Descendants commence bien. Dès les premières images, après un contrepoint salvateur, le spectateur se rend compte qu’Alexander Payne continue dans sa lignée thématique, celle du film d’apprentissage. Ici, c’est une famille meurtrie par le décès de la mère qui va essayer de se souder et de surmonter les épreuves qui s’annoncent. On peut apprécier cette démarche de cinéaste soucieux de construire une identité et une filmographie cohérente et personnelle. Il est, pour cela, aider par un acteur au top de sa forme. George Clooney joue la carte de l’homme blessé. Après des échappées cools (chez Soderbergh notamment), loufoques (pour les frères Coen), ou politiques (une très bonne partie de sa filmographie quand même), il déploie, après Up In The Air, une cartographie humaine qui élargit sa palette d’acteur. La bonne chose est qu’il ne joue pas avec son côté charmeur, rendant sa performance honnête. A ses côtés, nous retrouvons des acteurs tous compétents (les deux gamines notamment) et certains visages familiers tels que Robert Foster dans le rôle du père naïf quant à la condition de sa femme. Grâce à leur aide, certaines lignes de dialogues apparaissent savoureuses quand elles arrivent à entrer dans le corps du film. Celui-ci a des tendances cruelles, c’est certain. Une vision de la famille élargie fermée autour d’un nombrilisme consternant, un héros qui finalement se retrouve seul sont au cahier des charges. Même le personnage loufoque est présent, donnée importante dans le cinéma d’Alexander Payne, car il est le prisme autour duquel se concentre l’évolution du protagoniste principal. Derrière son apparente « idiotie », il va savoir remettre en question le héros en lui injectant un bon sens peut-être naïf mais surtout sincère et constructif. L’autre bonne raison, c’est l’inscription dans l’espace du film. Tous les métrages du cinéaste prennent possession d’un milieu qui va jouer sur la psyché des personnages. L’action de The Descendants se tient à Hawaï et les membres de la famille vont devoir faire un voyage, autant spatial que symbolique, pour vivre et repartir sur de nouvelles bases. Le cinéaste apparaît comme un cinéaste américain conscient de l’importance du mouvement dans la civilisation américaine.

Et pourtant, malgré ces qualités, le film n’est pas une totale réussite. La faute principale en revient à une forme inconsistante indigne d’un réalisateur de qualité et ce malgré des postulats d’écriture intéressants. La mise en scène est non seulement flemmarde dans sa globalité (très peu de plans d’ensemble, majorité de champ / contre-champ, cadres pas toujours ambitieux), mais elle s’attache à des poncifs sans cesse rabâchés durant le métrage, notamment quant à l’usage du gros plan, en léger zoom in. La représentation devient forcée et vise à remplir un rôle empathique trop souligné pour être réellement émouvant. C’est bel et bien dommage car avec du recul, la construction est pensée, et plutôt bien. En ce sens, les premiers et le dernier plan se répondent parfaitement, témoignant du parcours accompli et de la masse d’effort émotionnelle fournie. Pire encore, l’enrobage global est à la limite du dégoulinant. La musique, digne d’un épisode de 7 à la maison, est insupportable, rébarbative et sur-présente. Non seulement, elle appuie les effets de la caméra mais elle fait un lien inutile entre les scènes. L’enjeu est sans doute de montrer le caractère loufoque et le bonheur qui arrive petit à petit. Loupé, le spectateur est trop gavé pour en profiter. L’utilisation de la voix-off entre également dans cette catégorisation. Si l’on peut comprendre son importance au début du métrage, histoire de poser la narration, il ne faut pas non plus surcharger sa signification. A chaque fois qu’elle apparaît, le spectateur peut avoir l’impression qu’elle prend le rôle de l’image. Elle explique, explique encore, explique toujours ce qui se trame quand une bonne image aurait fait l’affaire. Alexander Payne a-t-il peur de sa caméra ? La réponse est non. A l’instar de la réalisation, le cinéaste veut émouvoir coûte que coûte, et ce, à n’importe quel prix. Alexander Payne est donc totalement conscient de ses effets et c’est bien la raison pour laquelle il apparaît, ici, assez détestable. The Descendants apparaît alors faussement angélique et vient cacher un visage moralisateur et complaisant. Le problème, c’est que tous ces défauts absorbent le spectateur qui devient de plus en plus circonspect devant le film. De l’ennui, de l’exaspération, de la répétitivité amènent forcément des problèmes de rythme alors que ces derniers, eux, ne sont pas voulus.

The Descendants, c’est finalement un film à la fois plaisant et énervant, rebelle et politiquement correct. En fait, on appelle cela un film loupé. Mais surtout, le spectateur va commencer à en avoir marre, si ce n’est déjà fait, de toute cette lignée indépendante du cinéma américain qui commence à réciter les mêmes recettes, parfois pour le meilleur, ici pour le pire.

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