Unstoppable

On aurait pu rire à la vue de la bande-annonce du dernier film de Tony Scott, l’homme responsable du trou de la Sécurité Sociale (à égalité avec Michael Bay) pour la hausse de consommation d’aspirines. Mais avec son train lancé à toute allure, le cinéaste nous propose bien mieux qu’un produit voulant mettre la gueule de bois à son spectateur. D’une certaine manière, Unstoppable fait partie de cette veine du cinéma américain d’action, populaire mais pas non plus stupide. C’est un peu ce qu’Hollywood sert faire de mieux qui se présente devant nos yeux.

La bonne chose est d’avoir Tony Scott à la tête de ce projet. Il est un véritable réalisateur avec une identité visuelle propre. Qu’on aime ou pas, Tony Scott possède un réel point de vue cinématographique au centre duquel nous retrouvons sa célèbre représentation à la longue focale. Et c’est grâce à cette signature particulière que le cinéaste va réussir à nous plonger dans son film. Tony Scott ose un rapport frontal à son objet. La représentation en deux dimension, qui exclue fortement la profondeur de champ, est totalement adéquat tant le train est au cœur du déroulement du récit. Le spectateur se retrouve alors plongé dans la machinerie diabolique où la vitesse est primordiale et est rendue parfaitement. Tony Scott aurait pu aller encore plus loin en multipliant, notamment, les plans de coupe. Mais cela aurait, sans doute, pu alourdir une représentation qui n’a peut-être pas besoin d’être trop bétonné. Cette technique de mise en scène, associée à un traitement sonore dément, donne un côté implacable au film. Le train est représenté comme une brute, une bête de slasher qui est susceptible de tout fracasser sur son passage.

Les personnages ont droit, également, à un traitement équivalent. Le spectateur est inscrit dans leurs problèmes, leurs doutes mais surtout dans leurs expériences professionnelles, ce qui aura son importance dans la conclusion de l’histoire. Le contexte économique et social est lourd à porter pour des personnages qui se retrouvent meurtris par des conditions qu’ils ne maîtrisent pas et qui ne sont, malheureusement, pas de leurs ressorts, ni de leurs fautes. Tony Scott défend clairement les « petites gens », dans un prolongement du fondamental We The People, adage célèbre du préambule de la Constitution américaine. La figure du personnage est intéressante dans une volonté d’ancrage populaire. Les minorités ethniques et sociales ont la part belle et savent réagir comme il se doit. Elles seront, bien entendu, récompensées dans une logique classique de rêve américain. Les acteurs sont performants et Denzel Washington fait le boulot dans le registre de la force tranquille. Mais le plus important reste quand même le fait que la force de travail va résoudre le problème au détriment d’un capitalisme cynique, paresseux et dénué d’idée quant à la marche à suivre. On retrouve donc toute une veine du cinéma américain à représenter le peuple comme base de la société et où le capitalisme n’est pas, et ne doit pas être, le ciment d’une civilisation.

Mais Unstoppable reste quand même une grosse artillerie et certains effets archétypaux peuvent être trop surlignés. Nous pensons à quelques traits musicaux chargés et chargeant les bons sentiments et une thématique de fin où la famille, autrefois désagrégée, se retrouve au complet de manière un peu grossière. Néanmoins, ce dernier thème n’est pas en totale contradiction avec les propos précédents. Le cinéaste revient aux bases d’une civilisation américaine basée sur un pragmatisme de tous les instants exécuté par des gens simples et qui méritent, finalement, le bonheur qu’ils sont venus chercher.

Unstoppable se pose alors comme un bon et honnête divertissement, pas super subtile mais pas stupide non plus comment le spectateur lambda pourrait le croire au premier abord. Bref, du Tony Scott pur cru.

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