Il n’y a pas de rapport sexuel

Dans le microcosme pornographique, HPG est une star. Réalisateur de films couvrant l’éventail de ce cinéma (du soft au hardcore gay), il n’en est pas moins un cinéaste respecté par une critique bienveillante depuis ses sorties dans le cinéma traditionnel (On ne devrait exister en compétition pour la Caméra d’Or au Festival de Cannes 2006). Ses prochains projets attirent de plus en plus, comme en atteste le casting des Mouvements de bassin avec Eric Cantona et Rashida Brakni. Surtout, HPG est friand d’expérience. Cette livraison le confirme en confiant sans droit de regard 500 heures de making of de ses films pornographiques au plasticien Raphaël Siboni pour qu’il en tire un documentaire.

Le principe de départ est simple. Une caméra fixe en plan large enregistre les différents tournages et c’est à Siboni de les travailler pour réaliser son film. La mise en scène est donc absente, du moins minimaliste au possible, car le point de vue reste et restera le même. Ce dispositif va provoquer une donnée essentielle chez le spectateur. Il va être invité sur le tournage. Cependant, ce ne sera pas une position de voyeur, le film ne rentrant pas dans les arcanes du cul pur et dur. Cette caméra est davantage une chaise sur laquelle il serait assis et où il pourrait se rendre compte de ce qui se passe sur un plateau. Derrière cette mise en scène, Il n’y a pas de rapport sexuel est surtout un pur film de montage. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de discours. Derrière une apparente linéarité en crescendo dans la construction où le spectateur va passer du porno le plus simple au plus trash, Raphaël Siboni va se faire subtil en réussissant à trouver une concordance entre les images. Ainsi, il utilise des contrepoints de début et de fin (superbes premier et dernier plans), croisant violence de l’humain et douceur du genre (et inversement), qui se répondent parfaitement. Ces artifices sont le cœur du film car ils vont définir le film comme un voyage. Surtout, ils vont montrer que le cinéma pornographique est bien plus qu’un déballage de stéréotypes malveillants. Derrière cette structure double purement cinématographique, le film va proposer un discours multiple.

Comme un bon documentaire, Il n’y a pas de rapport sexuel est avant tout un film qui nous apprend des choses. Le spectateur plonge littéralement dans le tournage pornographique et va se rendre compte des artifices, du travail entre le champ et le hors champ, des « effets spéciaux », des improvisations et des difficultés. Le porno apparaît ici aussi complexe que le cinéma classique dans sa logistique, témoignant d’un discours voulant réhabiliter l’entreprise X au sein d’une structure artistique globale (le cinéma). Dans cette logique, c’est le HPG metteur en scène qui est mis en valeur car il est définitivement celui qui dirige – comme tout réalisateur, finalement. D’ailleurs, ce n’est pas pour lui déplaire tant il est certain qu’il aime se mettre en avant dans une optique narcissique. Il faut dire que le bonhomme est sympathique, avec un bagou énorme et des répartis qui font souvent mouche. Cette dimension n’est pas négligeable car le métrage va livrer, en corrélation, ses moments les plus humoristiques tant le film est d’une drôlerie absolue. La meilleure comédie française de l’année ? La question est à poser honnêtement. Surtout, Il n’y a pas de rapport sexuel est un film pluriel qui va explorer toutes les strates de la condition humaine. D’une extrême cruauté quand HPG essaie de manipuler de jeunes acteurs pour qu’ils fassent ce qu’il désire ou quand il parle du futur spectateur, plongeant dans les arcanes de la déviance lorsque certains apparaissent aux limites de la nymphomanie ou quand il faut faire du gay alors qu’on est hétéro, le film est avant tout touchant. Comment ne pas être ému lorsqu’une actrice débutante et amateur lâche de chaudes larmes après une réelle sensation de plaisir ? Comment douter de la sincérité de certains lorsqu’une réelle déclaration d’amour est exprimée entre deux acteurs refusant la simulation ? Enfin, une donnée généralement admise pour les non-initiés : le cinéma X est-il purement misogyne ? Le réalisateur n’élude pas cette interrogation. Mais là aussi, il va éviter le cliché. Bien sûr, des moments où la femme est en retrait sont présents. Néanmoins, Raphaël Siboni provoque une hésitation au moment où une actrice renvoie HPG dans ses retranchements. Mieux encore, dans ses paroles, le cinéaste porno affiche son profond respect pour une travailleuse consciencieuse. Il n’y a pas de rapport sexuel tente donc toujours de peser le pour et le contre. Mais le film peut être plus qu’un catalogue anti-clichés et prend une dimension sociale quand il parle de l’acteur pornographique et de sa condition « ouvrière ». Il faut voir de quelle manière une actrice peut être malmenée physiquement pour les besoins d’un simple photographie. Il faut se rendre compte de l’attitude désabusée d’un acteur qui en a marre de faire et refaire sans cesse la même chose. Il faut se rendre compte de ces corps parfois littéralement en souffrance, tiraillés entre le repos qu’ils méritent et la nécessité pour chacun de travailler pour être payé. Un boulot comme un autre, en somme. Et une vision salvatrice pour tout un chacun.

Il n’y pas de rapport sexuel est un réel bonheur de cinéma. Mais il laisse surtout à penser une chose dramatique pour le cinéma français. Il faut plonger dans le cinéma pornographique, sous la forme d’un documentaire, deux formes mineures dans le paysage cinématographique, pour trouver une œuvre multiple. Il n’y a pas de rapport sexuel fait donc la nique à tous ces réalisateurs et réalisatrices qui se croient rebelles, engagés, virulents, humains, sincères, empathiques (la liste peut être encore longue). Ils méritent juste de passer à la casserole HPG pour qu’il leur dise : « Who’s your daddy ? ».

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