Outrage

Le retour de Takeshi Kitano chez les yakusas : ce film doit-il être considéré comme un événement de la part du cinéaste japonais le plus connu du monde occidental ? Sa participation au dernier festival de Cannes peut le prouver. Mais autant le dire tout de suite, la convocation d’un tel film à Cannes ne se doit seulement qu’au pedigree de son réalisateur.

Le film, s’il demeure assez plaisant n’est pas non plus exceptionnel. Le spectateur offre son indulgence davantage à un sens du cadre millimétré, à une photographie terne (mais pas digne des téléfilms du début d’après-midi non plus) et à une bande originale funeste qui collent bien à la thématique du métrage, basé sur les derniers moments d’un certain ordre chez les yakusas. Hélas, le scénario est plutôt confus, notamment dans sa première partie. On n’arrive ni à cerner les différents groupes, les ramifications d’un clan par rapport à tel autre ni la mise d’un espace qui n’est pas territorialisé de manière scientifique. Le spectateur se perd alors dans les méandres de Kobe. A défaut de prendre intelligemment la tête au spectateur, le film peut arriver à ennuyer à force de réfléchir sur le qui-est-qui, quoi-est-où, qui-et-où, etc.

Pourquoi seulement dans sa première partie ? Parce que la deuxième joue clairement la carte du règlement de compte. Le scénario n’existe plus et laisse la place à un exercice de style où l’on passe de l’écrit au spontané, de la diplomatie à l’action, du cérébral au viscéral. Mais si tout ceci est bien fait, il n’y a rien de nouveau. Certains textes concernant ce film parlent de ces nouveaux yakusas qui brisent les règles ancestrales, passant de la phalange tranchée au monde de la Bourse et à l’internationalisation des rapports mafieux, néanmoins de jolis signes de modernité quand on connaît le protectionnisme japonais, pour régler les comptes. Le rapport au pouvoir, l’absence de fraternité, la trahison, la manipulation sont bien présents mais toutes ces règles ne sont-elles pas déjà présentes dans la très grande majorité des films de yakusas, voire de gangsters en général, depuis des lustres ? On a également déjà vu plus de cruauté de la part de personnages qui, généralement, arrivent même à faire ressentir de l’empathie. Ici, ce n’est pas le cas et le projet en devient pas si amoral que ça.Le film devient alors froid, autant dans sa représentation, ce qui est normal à la vue des enjeux, que dans son rapport au spectateur. On ne sait pas à quel public le film s’adresse, public qui peut se sentir alors décroché par ce qui se trame à l’écran. On en arriverait presque à se demander si on ne s’en foutrait pas, d’ailleurs. L’apathie n’est pas loin de nous gagner.

Le film s’avère être finalement qu’un exercice de style certes convaincant par moments mais assez vain et surtout mineur, chose assez triste quand on connaît le calibre du réalisateur. Le métrage manque clairement d’ambition et le spectateur peut être en droit d’attendre plus de la part de Takeshi Kitano.

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