Wall Street : l’argent ne dort jamais

Dans les années 1980 et 1990, Oliver Stone était un réalisateur qui comptait grâce à des réalisations percutantes et toujours avides de proposer des réflexions sur la civilisation américaine dans des domaines variés : la guerre (Platoon), le retour des combattants (Born a 4th of July), la dictature émotionnelle des médias (Natural Born Killers), la politique extérieure américaine (Salvador), la puissance des médias en tant que contre-pouvoir (JFK), ou encore l’arrivisme et l’avidité des milieux de la bourse (Wall Street).

Le film d’aujourd’hui se pose, comme son titre l’indique comme la suite de Wall Street. Il est toujours bon de retrouver Michael Douglas sur un écran de cinéma et Gordon Geeko, personnage iconique des années 1980.

Hélas, il faut bien le reconnaître, Wall Steet 2 n’arrive pas à la cheville de son prequel. Nous passerons sur la mise en scène, véritable condensée des errements du réalisateur, à base d’effets spéciaux vulgaires, à peine digne d’étudiant de 5 ans en première année en graphisme, et de mouvements de caméra illisibles, notamment ces panoramiques ultra circulaires. Nous passerons également sur le déroulement du récit, introduit et terminé par une horrible voix-off à tendance moralisatrice, où les micro intrigues sont inintéressantes tellement elles sentent le réchauffé et les bons sentiments.

Ce qui fait réellement peur, à la vue du métrage, c’est bien le traitement des personnes. Ils n’arrivent plus à être dotés d’une ambiguïté qui faisait la force d’un premier opus reflétant avec empathie les bas instincts de la nature humaine. Ici, chacun est une icône fade, représentant une donnée bien précise provoquant une caractéristique manichéenne au film. Cela est bien dommage car les acteurs sont plutôt bons, notamment l’immense Josh Brolin. Même Shia LaBeouf n’est pas le plus pire. Mais la palme revient à Michael Douglas. Il n’est pas question de revenir sur son talent d’acteur mais sur son rôle de Gordon Geeko. Où est passé le cynisme qui faisait sa force et donnait une puissance évocatrice et iconique du requin de la finance ? Il est, ici, dans une logique de rédemption que même une production Wall Disney n’aurait pas osée tellement elle est mièvre et contraire à la logique qu’il défend. Rendons également « hommage » au personnage de Shia LaBeouf, véritable concentré de pudibonderie propagandiste : volonté de mariage et surtout processus de culpabilisation via un enfant à naître et une famille à recomposer. Les bonnes valeurs traditionnelles ont encore de beaux jours devant elles. Certes, elles peuvent s’avérer respectables si ce n’est qu’Oliver Stone a l’air de bien trop aimer ce personnage. Pire, il le respecte et prône comme lui un capitalisme respectueux et moral. Au lieu de tirer à boulets rouges sur ces hommes qui ont conduit le monde à sa ruine, il leur trouve des excuses et ose un discours que n’aurait pas renié Didier Super : « Y’en a des biens ! ». Il va bien au-delà de son système de valeurs qui a fait la reconnaissance du cinéaste. En un mot, il retourne sa veste.

Après une belle filmographie audacieuse et cohérente, mais après un World Trade Center christique et calamiteux et W., il est temps de déclarer Oliver Stone mort et enterré.

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