L’Agence

L’Agence est une énième adaptation d’un écrit de Philip K. Dick, parfois pour le meilleur (Blade Runner, Total Recall voire Minority Report), souvent pour le pire (Next, Paycheck, le reboot de Total Recall à venir). La faute en revient à une industrie cinématographique voulant capitaliser sur le nom de l’un des plus écrivains de science-fiction au lieu de privilégier les nombreuses thématiques d’un point de vue artistique.

Ce film vient se poser un peu entre les deux catégories mais vaut surtout pour son acteur principal, Matt Damon, qui vient confirmer sa volonté de construire une filmographie cohérente. Néanmoins, si ce film reste dans la lignée contestatrice que lui et d’autres acteurs américains superstars (George Clooney, Leonardo DiCaprio, Brad Pitt) tentent de prendre, L’Agence manque d’un réalisateur compétent aux commandes.

Pourtant, le discours est assez salvateur et témoigne d’une belle modernité en ces temps qui courent. Ici, c’est bien la religion qui est visée et touchée. L’Agence, via le déplacement, les choix et les sentiments des personnages, fait clairement l’apologie du libre-arbitre pragmatique et le pluralisme des émotions en lieu et place de la destinée divine et métaphysique. L’humanisme est donc au cœur du projet  La grande force du film se trouve ici, dans cette approche thématique. Hélas, nous devons plus ce discours à Philip K. Dick, auteur de la nouvelle originelle qu’à George Nolfi, le scénariste et réalisateur du film.

Si le métrage reste agréable à regarder, il est davantage taillé pour un dimanche soir pluvieux devant la télévision que de l’expérience cinématographique pure et dure. Pourtant, le produit est bien calibré et le casting technique est exemplaire : Thomas Newman à la musique, John Toll à la photographie et Jay Rabinowitz au montage. Cette dream team aurait du mener le projet vers de hautes sphères d’ambition mais George Nolfi n’est pas le chef d’orchestre qu’aurait mérité Philip K. Dick. Pourtant, le cinéaste essaie de faire quelque chose d’intéressant. Le thriller, digne d’un scénario paranoïaque des années 1970 laisse parfois sa place à la comédie romantique et le charme des acteurs y fait merveille. Mais, cette volonté de jouer sur le genre n’est disponible que dans le premier tiers du film. Et, petit à petit, la mécanique se fait de plus en plus classique, pour ne pas dire prévisible, banale et creuse.Les conséquences négatives de ce manque de profondeur, si elles ne sont pas dramatiques, répondent, quelques fois, présentes. Le film peut devenir ainsi assez superficiel sur la longueur, surtout qu’un problème de rythme peut se faire sentir au milieu et qu’une conclusion explicative vient jouer la carte de la naïveté.

George Nolfi n’a pas eu les yeux assez gros pour boucler une Agence résistante à tous les risques. Le film reste, cependant, divertissant quand il aurait pu, et du, être une profonde réflexion sur des enjeux humains. Voici donc une oeuvre mineure à mettre au crédit d’une filmographie récente de Matt Damon qui nous avait pourtant habitué à mieux dans le choix de ses réalisateurs (Clint Eastwood, Paul Greengrass, les frères Coen, Francis Ford Coppola, Steven Soderbergh, Robert de Niro, Martin Scorcese ; notons néanmoins que quelques films souffrent d’une qualité moindre par rapport au pedigree de ces cinéastes).

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