Harry Brown

Comme tous les vigilante movies, Harry Brown pose des questions. Le film n’est-il qu’un plaidoyer pour l’autodéfense ? Est-il une représentation d’une obsession sécuritaire ? Ou reflète-t-il le combat d’un homme ? Bref, le métrage n’est-il que simple objet réactionnaire ou bien le combat émotionnel d’un homme ? Ne voici que quelques interrogations, parmi tant d’autres, que l’on peut se poser. Le vigilante movie est, et sera toujours, un genre qui va déranger et provoquer soit l’enthousiasme, soit le rejet.

Dès le début du film, le spectateur est plongé dans la dualité, motif qui va innerver la totalité du film. L’introduction en est symptomatique. La mise en scène uppercut qui vise à l’imagerie de la délinquance va se confronter à une réalisation clinique pour le héros. C’est le combat entre la caméra à l’épaule et la géométrisation des plans, entre le mobile et l’immobile, entre, finalement, le chaos et l’ordre. Mais cette dualité formelle ne va durer que le temps de l’introduction, le temps pour le spectateur d’accrocher au point de vue du personnage titre, incarné par l’immense Michael Caine. La réalisation va alors se concentrer sur les partis pris de l’ordre, la géométrisation des plans donc mais également un gros sens du cadrage et une quasi-absence de mouvements de caméra, si ce n’est quelques travellings latéraux lents et discrets.

Et c’est bien à ce moment-là qu’il faut faire attention. En effet, la dualité va entrer dans le domaine du fond et la question de savoir quel est le discours du film va se poser. On peut se dire alors que le film ne va être que le combat chevaleresque d’un homme qui veut se débarrasser de la vermine. Avec en prime, une absence de la police qui n’arrive pas à faire son boulot. Il faut bien que quelque s’attelle à la tâche. Le film peut être vu comme tel, notamment à cause d’un dernier plan qui peut être caution à problème. Cette vision est d’autant plus problématique que le spectateur peut ressentir une réelle empathie vis-à-vis du personnage principal. La faute en incombe à la très bonne interprétation du géant Anglais.

Mais Harry Brown peut se voir différemment. En effet, cette mise en scène peut très bien être perçue comme l’enfermement d’un homme dans son système de valeurs, l’aveuglement d’un héros dans sa quête de justice. Alors certes, il vise en particulier les supposés assassins, interprétés par des acteurs « physiquement » impressionnants, de son meilleur ami. Mais le dénouement final lui fait prendre conscience que ces kids ne sont que malmenés, manipulés par de vrais caïds, qui ont le pris le contrôle de la cité telle une vraie mafia. Ces adultes se servent des jeunes pour mieux asseoir leurs pouvoirs tant psychologiques que mercantiles sur l’espace urbain. D’ailleurs, il est intéressant de noter que la représentation de ces petites frappes va se voir peu à peu happer par la même mise en image de notre personnage principal. La caméra se fait plus sage. Eux aussi se retrouvent alors enfermés dans leur condition. Michael Caine combat davantage une société gangrenée plus que la jeunesse en particulier. Cette dernière n’apparaît être qu’un bouc émissaire pour certains mais laissée sur le banc de touche par tous.

En effet, il faut également voir la représentation des institutions que le film propose. La police n’est pas assez honnête pour vouloir réellement mettre le calme. Et elle aussi cherche à employer la violence, à grands renforts de troupes d’élite pour pouvoir instaurer un quelconque contrôle. Pire que ça, elle s’auto congratule fièrement, à coups de conférences de presse, et émet des réserves sur certaines investigations de ses membres agissant seuls et qui jouent davantage sur un rapport de proximité. Le spectateur notera également l’inexistence de structures sociales ou familiales qui laissent les jeunes livrés à eux-mêmes. Ici, c’est la dualité entre une trop forte présence et une totale absence qu’il faut prendre en compte.

Harry Brown n’est pas sans défauts, notamment à cause de ce dernier plan qu’on espère être une erreur de jeunesse de la part du réalisateur dont c’est le premier long-métrage. Le film est surtout une plongée sans concession au cœur d’une société qui n’arrive plus à se maîtriser et qui prône la violence comme seul moyen de dialoguer. Le film se trouve alors être un constat quelques fois affligeant mais surtout dramatique de ce qui passe dans les cités anglaises.

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