La Meute

La Meute est un film difficile à critiquer. Difficile car rarement le spectateur peut avoir cette impression de voir un film aussi sincère. Le générique de fin le prouve bien. Le réalisateur convoque des références qui vont toujours plaisir à voir.

Hélas, cette force émotionnelle dans la genèse du film est également sa plus grande faiblesse. Le film dépasse le statut de référence pour aller vers le copier-coller. Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper puis Assault de John Carpenter sont mis a contribution dans la construction même du métrage : l’action se passe dans la campagne nordiste puis dans une maison perdue dans cette même campagne puis vire vers le clash entre des personnes « pris en otage » dans une maison face à une menace extérieure.

Cela aurait pu rester au stade de l’hommage si des plans entiers ne venaient pas contaminer le film. La réalisation de Tobe Hooper se retrouve dans environ 95 % de la première partie du film. Or, dans Massacre à la Tronçonneuse, ces mises en images d’arbres morts avec des montres, de girouettes, etc avaient une réelle dimension politique et sociologique, car représentant la fin « énergétique » de la civilisation et de l’économie américaine. Hélas, ici, il n’y a pas de convocation d’un quelconque propos. De plus, le déroulement du récit, dans sa première partie, se déroule exactement comme chez Tobe Hooper. La surprise n’est alors pas du tout de mise, donnée pourtant essentielle dans ce genre.

Le chef d’œuvre de Carpenter se retrouve dans la deuxième partie du film, de manière quelque peu primaire. En effet, l’épisode de l’assaut arrive quelque peu comme un cheveu dans la soupe et ne s’intègre pas du tout dans la continuité du métrage. Chose encore plus étrange, le cinéaste n’a pas retenu les principes de mise en scène du grand maître Carpenter. La caméra de Franck Richard ne reste pas dans la claustrophobie de la cabane et ose des incursions extérieures qui, là aussi, ne proposent pas de révélations de fond.

Ajoutons à cela des références trop lourdes au Jeepers Creepers de Victor Salva (la relation entre le zombi et l’héroïne à la fin) ou de 2000 Maniacs de Hershell Gordon Lewis (la musique du générique de fin) qui plombent davantage le film.

Cela est réellement dommage quand on aborde les qualités du film : excellente interprétation, musique Doom qui colle parfaitement au cinéma d’horreur, mise en contexte économique (la fermeture des mines du Nord de la France qui ont plongé cette région dans la détresse) et interprétation « historique » de la figure du zombi. Ici, il est le poids d’une Histoire qui ne doit pas être oublié (notons que c’est le message de Fog de Carpenter, mais finalement n’est-ce pas également un problème ?).

Franck Richard signe finalement un film qui pose problème et ouvre le débat sur la vitalité d’un cinéma de genre à la française, doté de réalisateurs passionnés, qui osent mais qui n’arrivent pas à s’affranchir de son père américain.

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