Man on Fire

Tony Scott qui pose un remake d’un film d’Elie Chouraqui ? Le postulat de départ aurait pu intriguer tant on connaît et reconnaît la grande « qualité » de notre cinéaste hexagonal. Mais, force est de reconnaître que le cinéaste anglais a su faire sien ce projet. Pour cela, il trouve pour la première Denzel Washington en acteur principal pour ce qui s’apparente à une relation à long terme que peu de cinéastes peuvent s’offrir. Déjà vu, Unstoppable poursuivent cette logique.

Mais pourquoi Tony Scott a su faire sien ce Man on Fire ? Tout simplement, parce qu’il y a ajouté sa patte. Il accentue ses expérimentations déjà présentes dans les excellents Enemy of The State et Spy Game pour les pousser à son paroxysme. Oui, les gros souliers formels sont bel et bien présents : musique qui peut trop accentuer l’émotion (d’ailleurs Tony a piqué Lisa Gerrard, chanteuse de l’énorme groupe de musique gothique Dead Can Dance, à son frère Ridley) ou l’action, la longue focale, les ralentis, les surimpressions et le montage cut qui offrent toujours cette représentation qui pète les rétines. Cependant, tous artifices sont, pour ce film, diablement efficaces et collent parfaitement au projet du film : faire quelque chose de violent, autant dans la forme que dans le fond (on y reviendra). Tony Scott a su s’arrêter au bon moment afin que le spectateur ne prenne pas trop vite son bol de médicaments contre le mal de tête. Et pourtant, le métrage est long, plus de 2 h 20, mais jamais l’ennui ne vient montrer le bout de son nez. Man on Fire est, tout simplement, l’apogée du système stylistique Scott.

Mais cette grande qualité formelle ne serait rien sans un sens du récit correct. Man on Fire fait merveille grâce à un excellent casting et à une construction classique en deux actes, certes pas trop originale mais ultra démoniaque. Denzel Washington est aussi convaincant en homme meurtri s’éveillant à la vie aux côtés d’une petite fille (Dakota Fanning qui n’en fait pas des caisses, un vrai miracle) dont il assure la protection qu’en bourreau de vengeance. Les seconds rôles (Christopher Walken et Mickey Rourke, notamment), font toujours autant plaisir à voir et peuvent offrir une petite ambiguïté qui pousse le film vers quelque chose de plus profond qu’il n’y parait.

Mais Man on Fire aurait pu tomber dans la mauvaise passe. Et certaines critiques ne s’y sont pas trompées. Apologie de la loi du Talion, vision détestable du Mexique et de ses habitants, ces lectures sont beaucoup trop simplistes et prouvent par la même que des gens supposés compétents n’arrivent pas à lire un film et qui ne sont peut-être pas restés jusqu’à la fin tant le carton final est explicit. Si Denzel Washington part en croisades, ce n’est pas contre de vilains mexicains pris individuellement mais bien contre l’ensemble d’un système gangrené par la corruption et l’avarice. En cela, le cinéaste propose une vision totalement désenchantée de l’existence où seule la destruction peut apporter son lot de vies. Etrange paradoxe qui montre un monde qui se désagrège complètement. Certaines séquences proposent une rare violence, voire un certain sadisme, et Denzel Washington fait véritablement figure d’ange exterminateur, invincible, précis, mécanique. La caractérisation peut s’avérer douteuse mais elle n’en reste pas moins totalement badass. Mieux encore, Tony Scott fait passer les ravisseurs comme des hommes de parole, avec un système de valeurs, constituant une très belle preuve d’humanité pour des gens censés être des déchets de l’humanité. Voilà finalement ce qui est amoral dans le film, c’est bien ce retournement des valeurs, qui, c’est sûr, ne fait pas plaisir aux bien-pensants. Par contre, cela est salvateur pour tout spectateur qui en a marre avec le politiquement correct. Néanmoins, ce déchaînement de violence n’est pas vide de sentiment. Le film sait se couvrir d’une atmosphère étrange, comme si le parcours de Denzel Washington était irrémédiablement voué à l’échec. Là aussi, le cinéaste joue la carte du classicisme dans le cheminement du personnage principal, un spectateur averti se rendant bien compte de ce côté dernière croisade. Mais Tony Scott a su envelopper ce parcours de mélancolie. Denzel Washington est totalement conscient de son destin funeste et veut lutter pour ne pas perdre la course contre les regrets d’une vie déjà assez fracassée. En bon professionnel, il veut rendre des comptes à ses patrons quitte à se retourner contre eux. En bon être humain, il veut rendre hommage à ces personnes qui lui ont rendu son humanité quitte à entrevoir la mort à chacune de ses interventions. Man on Fire est donc un film bipolaire et ces volontés d’aller à contre-courant apportent un cachet indéniable au film.

Man on Fire est peut-être le meilleur film de Tony Scott. En tout cas, il suit le cours de sa cinématographie qui, à cette époque, était d’une grande qualité avec ses deux films précédents suscités. Le seul gros reproche que l’on pourra faire à Tony Scott n’est pas dans ce film mais bien dans son futur. Il n’arrivera plus à se maîtriser formellement, errera dans ses formations cinématographiques voire se complaindra dans son système. Cela donnera une poursuite de carrière assez indigeste avec son film suivant : Domino.

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