Simon Werner a disparu…

Avec ce titre énigmatique, à quoi pouvons-nous bien nous attendre, surtout venant de la part d’un jeune réalisateur dont c’est ici le premier long-métrage ? Autant la réponse tout de suite, le spectateur aura le droit de voir un objet insolite et rafraîchissant, se démarquant de tout ce qui se fait dans le paysage cinématographique français.

Dès les premières images, Fabrice Gobert arrive à installer une certaine tension qui ne va pas lâcher le spectateur jusqu’à la fin du film. En suivant une des héroïne marchant dans le noir via un long travelling qui arrive dans une fête lycéenne, le réalisateur pose les jalons de son métrage. Celui-ci va s’appliquer à marier les genres : le thriller et le teen movie. Il pointe ici deux genres que le cinéma américain arrive parfaitement à sublimer mais que la France n’ose pas aborder de manière frontale, le cinéma français refusant généralement de mettre en avant ces types de cinémas. Fabrice Gobert, lui, ose un pari et apparaît totalement décomplexé quant à sa manière de concevoir sérieusement ces cinémas.

Nous retrouvons, de ce fait, dans la construction du film, des références aux séries américaines telles que Boomtown ou encore 24. En effet, le récit s’articule autour de système de points de vue multiples, certes loin d’être innovant car déjà présent dans le Rashomon de Akira Kurosawa ou dans L’Ultime Razzia de Stanley Kubrick. Dans Simon Werner a disparu…, le cinéaste ne convoque pas ses références classiques, bien qu’il soit totalement conscient de la maestria de ses aînés, mais lorgne davantage vers le côté ludique proposé par l’Hollywood des années 2000.

Ici, ce n’est pas un exercice de style, une volonté de brouiller les pistes quant à la perception que l’on peut avoir sur un événement qui nous est proposé. Le réalisateur utilise ce jeu de chat et de souris pour plonger au cœur du monde des adolescents. Et force est de remarquer qu’il y arrive parfaitement. Nous suivons donc quatre jeunes gens dans leurs doutes, leurs réflexions, leurs découvertes, leurs fantasmes…Cette mise en perspective des tourments adolescents est servie par des dialogues crus, mais réalistes, prononcés par un cortège de jeunes têtes rafraîchissant. Quatre adolescents, ce sont bien entendu quatre types d’adolescents allant de la beauté du lycée au paria. Fabrice Gobert les traite avec un respect égal et en n’occultant rien de leur personnalité ni de leur corps, prenant le parti d’enfoncer les tabous quant à la représentation de la recherche d’identité et de la découverte de la sexualité. En ce sens, le réalisateur a su très bien manier l’utilisation du gros plan, le tout magnifié par la lumière d’Agnès Godard, célèbre chef opératrice de Clair Denis.

Certes, l’aspect thriller est bel et bien présent, il s’agit quand même de mener l’enquête relative au titre, mais Fabrice Gobert s’en sert davantage pour montrer les adolescents dans leur quête d’eux-mêmes que pour mener une investigation primaire. Il n’oublie pas néanmoins de faire monter le suspense et de proposer des séquences où une réelle tension existe, aussi bien dans des moments diurnes que nocturnes, où des mouvements de caméra plus amples font la part belle à l’environnement. Ici c’est Gus Van Sant qui est convoqué dans sa forme, dans une référence à un cinéma américain qui sait manier la représentation sérieuse des peurs adolescentes.

Le réalisateur propose avec ce film un outil générationnel du fait de l’inscription du film dans une banalité morose, un lycée et une banlieue résidentielle quelconques, et de la mise en plastique. Rien n’est extraordinaire dans les lieux décrits et et aspect « fait divers universel » nous fait alors remarquer que l’action pourrait se passer dans n’importe quelle ville française et à n’importe quelle période, pourvu qu’il y ait des jeunes. La musique, condensé de rock and roll (Sonic Youth, Noir Désir, No One Is Innocent, entre autres), consacre le mal-être adolescent et l’utilisation des costumes typiquement taillées dans les années 1990 rend les personnages d’autant plus bruts qu’ils en deviennent crédibles. Rappelons-nous avec nostalgie ces gros anoraks, ces vieux pulls en laine, ces sweet-shirts à l’effigie de grands clubs sportifs américains ou ces gros godillots. Il n’y a pas une seule faute de goût dans cette plongée réaliste.

La magie opère jusqu’au dernier plan du film, véritable consécration de la génération adolescente. Ils ont beau être différent dans leur identité, leur manière de se vêtir, leur origine sociale, etc, ils n’en demeurent pas moins des êtres à fleur de peau, tous réunis dans l’adversité que leur propose leurs âges. Avec Simon Werner a disparu…, Fabrice Gobert signe un premier film qu’il faut prendre au sérieux.

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