Somewhere

Attention, film sujet à débat ! Autant le dire tout de suite, ceux qui trouvent Sofia Coppola chiante vont être servis avec son dernier film. En effet, le film peut se voir comme une succession de scènes n’ayant aucun intérêt : Stephen Dorff qui est assis ; Stephen Dorff qui dort ; Stephen Dorff qui boit une bière ; Stephen Dorff qui fume une cigarette ; Stephen Dorff qui mange des spaghettis ; bref, Stephen Dorff qui fait des choses courantes. Ou qui ne fait rien.

Vu comme ça, il est clair que le film va vite se faire ennuyeux. Mais en poussant un peu la réflexion, on peut se dire que c’est exactement ce que veut la réalisatrice. Comme dans ses films précédents, ce sont donc les thématiques de l’ennui, du doute, du manque de confiance en soi qui nous arrivent. En ce sens, et en regard avec la totalité de sa filmographie, la réalisatrice sait aussi bien parler des états d’âme féminins que masculins. Avec Somewhere, elle pose une pierre de plus dans l’éventail de la représentation de ses personnages. Virgin Suicide abordait les adolescents ; Lost In Translation les personnes plus âgées, proches de la retraite et les très jeunes adultes qui entrent dans la vie active ; Marie-Antoinette, les gens de pouvoir. Pour Somewhere, c’est le jeune père qui est au cœur des attentions. Sofia Coppola apparaît alors remplie d’humanité dans cette volonté de rendre compte de l’universalité de son propos. Ses fans vont donc encore une fois se délecter de la mélancolie qui innerve le métrage.

Contrairement à ce qui a été annoncé un peu partout, il ne faut pas voir du social dans Somewhere, chose d’autant plus facile que le film pourrait être une diatribe sur le statut de la star hollywoodienne. Et si la réalisatrice est partie d’un tel type de personnage, c’est simplement parce qu’elle doit en connaître un paquet et que cela l’arrangeait dans sa volonté d’élargir son panel de personnages.

Non, ce qu’il faut voir avec Sofia Coppola, c’est une réflexion formelle sur un fond représentant l’ennui. Le montage apparaît, alors, être une donnée essentielle de son cinéma. Et c’est toute sa filmographie qu’il faut prendre en compte. Virgin Suicide était un film linéaire et descriptif. Lost In Translation utilisait le montage polyphonique, où la réalisatrice insérait des plans de Tokyo filmés en de multiples points de vue pour mieux symboliser la symphonie urbaine de ses personnages. Avec Marie-Antoinette, on est dans la pop culture, dans le ludique, voire dans le refus du montage traditionnel tant la volonté de faire de son biopic un objet anachronique était évidente. Avec Somewhere, la réalisatrice a convoqué le montage interdit. Sofia Coppola étire ses plans jusqu’à l’infini, laissant même échapper ses personnages hors du cadre pour mieux corroborer son montage. Ici, c’est bel et bien le principe de réalité de l’ennui prédomine. La déformation n’existe plus car le réel est pris tel quel, dans un respect de la vraisemblance. L’événement se retrouve globalisé et, ainsi, totalement transparent. Le spectateur se retrouve alors plongé dans l’ennui. Ainsi, les états d’âme du personnage principal sont parfaitement retranscrits. Un bémol à noter toutefois. Il n’existe pas de multitudes de systèmes de montage et Sofia Coppola va devoir trouver une nouvelle forme dans son prochain film pour rester cohérente jusqu’au bout.

Nous ne reviendrons pas sur les autres qualités du film qui porte la touche de l’artiste : excellentes bande originale et interprétation (il est bon de voir Stephen Dorff autre part que dans des séries B), incrustations populaires (ici, c’est Guitar Hero et la télévision, Chris Pontius, a.k.a Party Boy des dégénérés de Jackass, faisant partie du casting), un sens de la mise en scène toujours intacte, notamment dans son utilisation habituelle des flous mais aussi de la profondeur de champ et dans un décadrage inhabituel.

Avec Somewhere, il est, peut-être, temps de prendre Sofia Coppola pour une réalisatrice plus compétente qu’il n’y paraît ; et surtout qui arrive à se renouveler mais de manière assez fine. Les allergiques à la réalisatrice passeront aisément leurs chemins, tant le film peut facilement énerver par de nombreux points : la lenteur donc, mais également cette dimension formelle auteuriste que l’on peut prendre pour de la pose arty et la vacuité d’un propos qui, en apparence, n’arrive pas à changer.

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