The Company Men

The Company Men fait partie de ce qu’Hollywood sait faire de mieux. Loin d’être un chef d’œuvre d’originalité, le film se pose comme un excellent divertissement accompagné d’un message très plaisant pour ceux qui ne supportent pas (ou plus) les salopards qui ont conduit le monde à un bordel pas possible. Ici, donc pas de propagande à vocation mercantile vouée au dimanche soir mais bel et bien un film simple, honnête et qui se pose comme plus intéressant qu’il n’y paraît.

Le film raconte l’histoire de Bobby, dont Ben Affleck prête magnifiquement ses traits (qui aurait cru que le Ben commencerait à être un bon acteur pour de bon ?), jeune loup aux dents longues, ingénieur dans une entreprise pluri-disciplinaire qui se fait un paquet de thunes, qui vit dans une banlieue aisée avec sa petite famille et qui roule en Porsche. Problème, il se fait dégager, sans autre motif trop apparent que celui de la restructuration interne. Commence alors son chemin de croix dans le monde du chômage. Le pire : c’est qu’il n’est pas le seul. Même les plus anciens y auront droit.

Le film a le mérite de se concentrer sur l’humain, de rester au plus près de ses personnages. A l’inverse de Wall Street 2 d’Oliver Stone dont le sujet est similaire (rappelons que le personnage de Shia LaBeouf perd son boulot), le réalisateur ne va pas glorifier un système tenu par des self made men à l’humanité plus que douteuse et au capitalisme financier « respectable ». Ici, c’est ensemble que les personnages font s’en sortir comme une ode à la communauté humaine capable de serrer les coudes en cas de besoin. Les héros ne veulent plus continuer à jouer à ce jeu cruel mais vont plus rester dans la recherche d’une dignité et d’une estime d’eux-mêmes qu’ils pensaient avoir sous le couvert de la réussite sociale. Ce parti pris se révèle finalement une réussite car une sobriété va se dégager du métrage. Pas de grandes envolées lyriques, tant au niveau de l’écriture, de la réalisation ou du jeu ne vont venir empêcher des émotions simples et sincères innerver le film. Le savoir faire traditionnel respire à l’écran pour un beau moment d’audiovisuel.

Les personnages ont le droit à un traitement frontal car ce sont bien eux la base du récit. Une des grandes réussites du film réside dans l’excellent casting complémentaire au pote de Matt Damon : Chris Cooper, Tommy Lee Jones, Kevin Costner, Maria Bello sont bel et bien des gens à qui on ne la fait pas et surtout Rosemarie DeWitt est admirable de dignité et de pudeur. Le spectateur est, alors, inscrit dans leurs problèmes et leurs doutes mais aussi dans leur prise de conscience. Le film défend les gens honnêtes, éthiques, avec une conscience. Nous sommes ici dans cette logique de mise en représentation du « We The People » qui cimente la société américaine à la base et qui dézingue la poursuite de la richesse à la place de celle du bonheur. En ce sens, les dialogues sont plus que pertinents mais ils auraient pu éclairer une mise en scène plus osée. Le film a, finalement, trop conscience de la qualité des lignes déclamées et des  comédiens et il aurait pu réfléchir une mise en scène moins banale. Cela dit, la très belle introduction et le dernier plan du film se correspondent parfaitement, passant de l’immobilisme du secteur professionnel au mouvement de la réconciliation humaine, et témoignent d’un certain sens de la réflexion. Néanmoins, si tout ceci est très beau, certaines séquences sentent bon le réchauffé et le cliché hollywoodien le plus flagrant. Mais ne faisons pas la fine bouche, ces situations sont assez rares et ne provoquent pas la consternation de tout spectateur trop habitué aux artifices de la machine à rêves.

Une autre grande force du film est de faire sens avec l’Histoire. Oui, c’est bien la crise financière et l’éclatement de la bulle bancaire de 2009 qui sont en cause et qui vont provoquer ces « pertes » humaines. Cette modernité du propos montre encore une fois la capacité du cinéma populaire américain à réagir à l’actualité la plus brûlante. Lehman Brothers est directement cité et les plans de Bourse et d’actualités télévisuelles montrent clairement où le film veut en venir. Le film est une critique tout ce qu’il y a de plus mordante de ce capitalisme boursier. Mais attention, nous ne sommes pas non plus devant un film de communistes purs et durs. The Company Men veut juste aller en direction d’une moralisation du travail. Le personnage de Kevin Costner prend alors toute son importance car il va témoigner de cette valeur travail qu’il faut retrouver. Les mains sont le medium immédiat car c’est bien dans la simplicité, dans le rapport direct et physique entre l’homme et son travail, que les personnages vont retrouver leur humanité.

The Company Men relate donc bien le drame du chômage pour ces enfants élevés, dans les années 1980, aux principes carnassiers de Gordon Geeko, le personnage iconique créé par un Oliver Stone encore conscient d’un message iconoclaste à cette époque. C’est le revers de la médaille du grand n’importe quoi des années 1980 où le rêve américain se conjuguait avec le cynisme le plus terrifiant. Mais une chose intéressante est à retenir. Ce film, comme a pu le faire le cinéma américain dans les décennies précédentes, peut se conjuguer avec d’autres. Il est intéressant de monter un parallèle avec Unstoppable, film populaire où la force de travail prend le pas sur l’aspect financier. The Company Men en est le pendant intellectuel quand le film de Tony Scott appréhende le côté action. Grâce à cette crise qui a mis tant de gens sur le paille, le cinéma américain est-il en train de s’inscrire dans un nouveau courant contestataire ?

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