Hôtel Woodstock

 Hôtel Woodstock est un film qui a eu un excellent accueil critique. Mais a bien y regarder de près, le spectateur peut se demander s’il n’y pas eu tromperie sur la marchandise. En effet, en nous narrant la genèse du célèbre festival de musique qui mis la génération hippy en haut de l’affiche, Ang Lee tente une plongée maladroite dans cet univers qui a tant fait peur à l’Amérique conservatrice.

A première vue, le métrage se dirige vers le genre de la comédie. Problème cependant, à défaut d’arriver à nous arracher un sourire, le réalisateur fait passer son entreprise pour quelque chose de sympathique, sans plus, avec une certaine naïveté que certains peuvent trouver dégoulinante de bons sentiments. C’est, ici, le cas. Pas un mot n’est dit sur la subversion que proposait tous ces gens. A force de trop vouloir attendrir le spectateur, Ang Lee transforme ses personnages en idiots illuminés. Cette pudibonderie se retrouve dans le choix des acteurs, tous trop beaux pour être vrais, et dans les costumes, aussi propres que lavés avec Mir-Laine, Mr Propre et un débouche-chiotte réunis. Seuls Emile Hirsch et Liev Schreiber auraient pu sortir leur épingle du jeu au travers de deux personnages hauts en couleur et inquisiteurs (le travesti et le vétéran du Vietnam). Mais, comme un malheur n’arrive jamais seul, ils sont laissés à l’abandon pour entrer dans la catégorie des lapins crétins tellement ils sont ridicules. Il faut pour cela regarder attentivement la séquence où Emile Hirsch se croit encore en plein cœur du Viet-Cong. C’est à se demander si le réalisateur ne se fout de leur gueule et des enjeux qu’ils auraient pu proposer (le travestissement, la nouvelle sexualité, le mal être, la difficulté d’intégration des vétérans et le manque de reconnaissance). Et lorsque le drame pointe le bout de son nez, lors des séquences avec les parents du héros, jamais l’empathie ne guette. Les larmes ne répondent pas présentes.

La mise en scène se la joue 70’s à fond, notamment via l’utilisation des split-screens. Hélas, trois fois hélas, cela apparaît totalement galvaudé et surtout pompé sur le maître en la matière, j’ai nommé Norman Jewinson (revoir l’hallucinant Thomas Crown à ce sujet). Il faut bien noter que ce n’est pas la première fois que le réalisateur nous fait le coup, son Hulk étant resté dans les annales tellement c’était nul. On ne peut pas, de ce fait, parler d’hommage à une certaine technique car n’arrivant pas à transcender ces codes de mise en scène. De plus, jamais la caméra ne vient scruter ces corps pourtant tellement fiers d’être mis à nu. Le plan large est majoritaire. Le film ne plonge alors pas du tout dans le cœur de ses personnages. La musique iconique de cette période est totalement absente au profit du score original. Cela aurait pu être un choix judicieux, voire audacieux, tellement cette musique a été maintes fois mise à l’écran. Cependant, au regard de sa technique de caméra, cela vient accentuer une certaine valeur de la mise à distance. Ang Lee se trompe complètement sur son mode de représentation et a pour conséquence de ne proposer aucun enjeu digne de ce nom. Le spectateur commence alors à s’ennuyer sévère car mis au ban de ce qui se trame à l’écran.

Il en ressort au final de très belles impressions de loupé et de frustration. Il faudra quand même un jour se pencher sur le cas de Ang Lee, cinéaste asiatique qui essaie coûte que coûte d’explorer la civilisation américaine. Il a quand même réalisé un western, genre américain par excellence (Ride With The Devil) et un film post 60’s destiné à montrer la crise d’identité (The Ice Storm), son Brokeback Moutain étant, quant à lui, largement surestimé et ouvertement destiné aux pleureuses de chaumières, non aux cinéphiles. De cinéaste acclamé pour des films qui ne le méritent pas, il devient juste un faiseur de films en proie à la propagande hollywoodienne la plus flagrante.

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