Tucker et Dale fightent le Mal

Il arrive que de petites productions venant de nulle part arrivent à sortir du marasme ambiant par une simplicité à tous les égards. C’est le cas de ce Tucker And Dale Vs Evil (on préférera le titre anglais tant la traduction française frôle la débilité), film venant du Canada avec des acteurs de seconde zone mais à l’état d’esprit irréprochable. Ou comment deux rednecks (les personnages du titre) en vacances dans les Appalaches pour retaper leur cabane en arrivent à commettre un carnage sans qu’ils en soient les instigateurs principaux.

La bande-annonce l’annonçait : Tucker and Dale est une comédie horrifique, type série B décomplexée. Et les fans du genre ne souhaitent que peu de choses dans ce genre d’entreprise: du fun, du fun et encore du fun. Certains y sont arrivés (Zombieland), d’autres se sont loupés (Piranha 3D). Comme quoi, ce n’est pas toujours facile de balancer la sauce horrifique. Pour le plus grand bonheur de tous, Tucker And Dale se pose dans la première catégorie. On se marre allègrement devant la crétinerie de tous les personnages, que ce soit nos deux bouseux dépassés par les événements et les jeunes payant cher leur héroïsme bon marché ou des situations grotesques et incongrues. Non seulement les dialogues font souvent mouche mais la mise en scène joue parfaitement son rôle de catalyseur avec un hors champ souvent malin et facétieux et un découpage dynamique et efficace dans les effets. Le spectateur en prend donc plein les yeux, surtout que les effets gore sont nombreux et de bon aloi dans une logique purement cartoonesque. La conclusion est simple : l’entreprise Tucker And Dale est rendue éminemment sympathique. Conscients du projet du film, les acteurs font d’ailleurs le boulot. Les filles blondes sont stupides et inutiles, les garçons sont des crétins et des lâches, le méchant cabotine juste ce qu’il faut mais surtout, les deux rednecks livrent des performances attachantes et pleines d’humilité.

Eli Craig, le réalisateur, est un connaisseur, il n’y a pas de doutes possibles. Si la plastique du film est là pour en rendre compte, deux enjeux viennent étayer le propos. Le premier, et le plus facile dans ce type d’exercice, est, bien entendu, le jeu sur les références. Elles sont ici nombreuses et il serait bien inutile de les énumérer tant elles sont évidentes. Il faut néanmoins souligner que le cinéaste les convoque sans une gratuité vulgaire et racoleuse car il arrive à les intégrer dans la logique de son récit. En ce sens, elles participent à l’histoire, jouent un rôle primordial dans l’évolution des situations. On pense notamment à Jason Voorhes mais surtout à Massacre à la tronçonneuse qui surprend et à Evil Dead 2 qui fait franchement plaisir. Il ne faut, cependant, pas y voir une nostalgie du genre, seulement une déclaration d’amour à toute une cinématographie jadis conspuée et aujourd’hui sacrifiée sur les autels du mercantilisme facile et de la beaufferie la plus décérébrée. Mieux encore, ce jeu sur les références renvoie directement aux logiques de genre, slasher et survival en tête de gondoles, qui se retrouvent contournées. Les lieux, les personnages, les situations sont sensiblement les mêmes mais inversés. C’est ici qu’apparaît l’autre point positif qui concerne le discours du film. Derrière la facilité du grand guignol apparent, le cinéaste pose un enjeu fondamental du cinéma d’horreur : l’inversion des valeurs. Ici, les apprentis tueurs sont tout ce qu’il y a de plus inoffensifs et mieux encore, ils ne le font pas exprès alors que les jeunes, surtout un d’ailleurs, apparaissent comme les véritables boogeymen de l’histoire. Le « leader » de cette bande est bien un total psychopathe, imbu de sa personne, insolant et condescendant, derrière une apparente humanité et un paraître impeccable. Tucker And Dale rejoint alors un propos que n’aurait pas renié Wes Craven dans une grande partie de sa filmographie (La Dernière maison sur la gauche, La Colline a des yeux, Le Sous-sol de la peur), Rob Zombie ou plus récemment, Lucky McKee avec son The Woman. Pour mieux s’en rendre compte, le titre donne déjà un indice car il existe bien une dualité entre nos deux protagonistes et le Mal qu’ils doivent combattre. Eli Craig en profite pour lancer ainsi une petite pique, pas bien méchante mais toujours salvatrice, sur le pouvoir de l’apparence qui dicte nos identités et nos représentations d’autrui dans une société soi-disant civilisée.

Hélas, malgré toutes ces qualités indéniables, le film n’est pas parfait car il rend compte de certains archétypes basiques que le projet du film essayait pourtant de combattre. Si le rythme initial est soutenu durant les trois quarts du métrage, la fin se repose un peu sur ses lauriers pour deux raisons. Le twist final (si on peut parler de twist) est d’abord convenu et arrive au terme d’une situation un peu lourde. Ensuite, les évolutions dans les relations entre les personnages s’anticipent facilement. C’est, ici, toute la partie romantique qui pose problème tant elle paraît rabâchée. Elle est certes intéressante dans cette fameuse logique d’inversion mais faire de « La Belle » et « La Bête » un couple n’est pas une nouveauté dans le cinéma, que ce soit de genre ou pas. Même si notre naïveté peut nous demander d’adhérer à cette romance, cette construction dessert Tucker and Dale qui se drape alors d’un ennui poli.

Même si quelques défauts se font sentir, on pourra excuser Eli Craig car Tucker And Dale Vs Evil est un réel plaisir de cinéma. Drôle et intelligent dans sa manière de voir le film de genre et son spectateur, le métrage a l’énorme mérite d’être sincère. Cette approche lui ouvre une porte : il peut se targuer de convoiter le statut de culte.

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