Young Adult

Jason Reitman divise. Pour certains, il est l’un des nouveaux réalisateurs sur qui il faut compter dans le paysage cinématographique américain contemporain. En effet, il peut développer une identité prononcée et cohérente au fur et à mesure de ses livraisons. Pour d’autres, il fait preuve d’un cynisme malveillant et hypocrite où l’attitude réactionnaire est conjuguée à la méchanceté gratuite. Young Adult n’arrivera pas à départager les deux clans car il engage une continuité, pour le plaisir. Ou pour le pire.

Young Adult est donc dans la droite lignée de ses films. Le spectateur retrouve ainsi un personnage cynique tentant une remise en cause et qui, finalement, va rester dans son attitude. Grâce à ce type de construction, Jason Reitman prouve, une fois de plus, qu’il n’aime pas le politiquement correct. Avec ce parcours identitaire qui se referme sur lui-même, le cinéaste donne crédit à des personnages méchants qui ont le droit d’exister. En effet, ils font partie intégrante de nos sociétés et ne se laissent pas contaminer par un conformisme bon enfant qui nivelle le monde vers l’uniformisation. Jason Reitman milite, en quelque sorte, pour le droit à la différence. Ici, c’est une excellente Charlize Theron, ancienne gloire du lycée, qui revient dans sa ville d’origine pour reconquérir son amour de jeunesse. Il n’y a donc pas, en apparence, de nouveauté thématique dans Young Adult car ce propos à tendance universelle est propre à la filmographie du réalisateur. Néanmoins, et c’est le petit plus du film, le cinéaste va additionner une plongée sociale et en profiter pour parler des Etats-Unis.

Il faut voir avec quelle violence il se permet de dézinguer la triste condition de la banlieue américaine. On y retrouve son ouverture familiale consciencieuse (arrêter de boire par « solidarité », le baby sitter gay), sa vie rangée et faussement excitante (le concert rock and roll des mères au foyer, aller boire un verre au bar mais rentrer tôt) ou sa planification mortifère (se marier, avoir un enfant, vivre dans une belle maison avec une grosse voiture, il ne manque plus que le chien). Pire encore, Charlize Theron pense que le retour aux racines va lui permettre de compenser les absences de sa vie. Il n’en est rien car le discours de Young Adult renverse cette notion de manquement. S’il y a vide, il est du côté de la banlieue tranquille où les surprises sont absentes, les trajectoires pré-établies et les constructions identitaires iconoclastes absentes. Le personnage principal va alors se rendre compte que même si sa vie n’est pas parfaite, elle a au moins le mérite de lui permettre d’être comme elle le souhaite au plus profond d’elle-même et qu’elle n’a pas besoin de se cacher derrière des travestissements caractériel et sociétal pour pouvoir exister.

Ces propos apparaîtraient parfaits dans des logiques de déconstruction du monde et de refus de brosser le spectateur dans le sens du poil. Car oui, Young Adult n’est pas destiné à plaire à tous en refusant le diktat de la bonne conscience moralisatrice. Son objectif est de faire réfléchir via l’ouverture aux extrêmes de l’éventail de la condition humaine. Hélas, les faiblesses du film sont bien nombreuses pour emporter l’adhésion complète. Ce sont les principes de forme qui posent problème car ils ont la conséquence terrible de faire tomber les discours à plat. En effet, alors que Young Adult se veut être un film iconoclaste, les logiques d’écriture font preuve d’un manque d’originalité évident. On pense notamment à la « belle » tirade de fin où le personnage principal tente de se justifier aux yeux de tous sous la forme d’un monologue vue et revue mille fois. Ceci est l’exemple le plus flagrant mais il faut bien remarquer que le métrage comporte bien d’autres situations aisément identifiables à l’avance qu’il n’est pas nécessaire d’énumérer. Il n’y a donc pas de surprise dans le déroulement scénaristique et Young Adult finit par ressembler à n’importe quelle machine hollywoodienne.

Quant à la mise en scène, Jason Reitamn se fait de plus en plus flemmard. Pourtant, ses précédentes livraisons jouissaient de partis pris identifiables. Ainsi, Thank You For Smoking jouait sur le côté ludique et animé, Juno sur la dimension pop et adolescente quand In The Air proposait un mélange entre prises de vue réelles et de fiction. Que l’on adhère ou pas aux démarches du cinéaste, il fallait, au moins, reconnaître cette recherche de fond. Young Adult n’arrive pas à maintenir cette cadence formelle, mise à part dans le générique qui joue avec malice sur la trajectoire nostalgique de l’héroïne. En dehors de cette séquence, la caméra fait preuve d’un plan / plan regrettable à la vue du sujet quand la notion de montage n’a pas l’air d’exister. La technique manque clairement d’une identité forte et place, là aussi, le métrage dans le paysage hollywoodien des plus simplistes. Que faut-il alors penser d’un film qui, dans son corps, devient exactement ce qu’il critique, à savoir un objet conformiste ? La question mérite d’être posée et donne au film un caractère douteux, quand ce n’est pas hypocrite. Le réalisateur cherche-t-il, sinon, à pousser le cynisme jusque dans ses derniers retranchements en se foutant de sa propre tête ? Le spectateur peut donc en arriver à se demander quel est le degré de sérieux de l’entreprise et si Jason Reitman croit en son projet, en son discours, à sa vision du monde. Ce questionnement peut mettre mal à l’aise. Sommes-nous, finalement, pris pour des malins ou pour des abrutis ? A chacun de se faire une opinion.

Young Adult permet de passer, certes, un bon moment grâce notamment à l’abattage de sa comédienne principale. Néanmoins, le spectateur doit être attentif à la double posture qu’engendre le film. Cette situation ne lui sert pas car elle lui donne un statut trop ambigu. Ne sachant pas sur quel pied danser, Young Adult n’est pas aussi maîtrisé que le reste de la filmographie de Jason Reitman. Et le film peut se poser alors comme le plus mauvais de son instigateur.

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