Rec 3 Genesis

Rec 3 Genesis débarque avec une certaine impatience pour les fans de genre compte tenu des succès considérables des deux premiers opus. Il faut dire qu’ils avaient sacrément foutu les jetons à la planète entière et qu’ils se posaient comme des films d’horreur cultes. Ici, et c’est une petite nouveauté dans l’histoire de la franchise, Paco Plaza s’est délesté d’un Jaume Balaguero sans doute occupé à tourner Malveillance pour assumer seul le bébé. Et le spectateur de se demander : le succès des Rec ne viendrait-il pas finalement de la patte de Jaume Balaguero tant Rec 3 Genesis apparaît bancal ?

Ce troisième opus n’a pas pour vocation de changer une équipe qui gagne, du moins au premier abord. L’introduction se lance, en effet, dans la pure logique recienne. Les archétypes sont bel et bien présents. Une caméra à l’épaule, une image tremblotante, des cadres aléatoires et un système sonore balbutiant sont toujours à l’ordre du jour. Le spectateur peut alors se questionner sur l’intérêt d’un film recopiant formellement ses prédécesseurs. Une tentative de nouveauté de forme va heureusement arriver très vite mais elle ne sera pas convaincante. Le cinéaste tombe directement dans les travers habituels du found foootage car la caméra ne reste pas dans son point de vue initial unique. La réalisation est construite avec des contrechamps venant d’autres caméras, ce qui a pour conséquence de montrer une représentation construite alors qu’elle vise à une immédiateté. En usant de cet entre-deux, le procédé formel recien est ainsi totalement décrédibilisé. Heureusement, Paco Plaza va vite laisser tomber ce parti pris pour aller vers une mise en image plus conventionnelle formellement et qui, cette fois-ci, apparaît cohérent avec le projet scénaristique.

Génésis change, en fait, de lieu d’exposition, une immense salle de réception, et de récit, une cérémonie de mariage. Ces postulats de départ vont avoir leur importance dans le choix de cette nouvelle représentation. Dans les deux premiers films, l’unité de lieu, un immeuble et l’unité de temps, la nuit, engendraient du cauchemar facilement et directement. Dans une optique reptilienne, ils misent sur les peurs ancestrales que sont le mystère, l’inconnu et le noir. La mise en scène directe et viscérale servait donc parfaitement l’horreur. Ici, les nœuds du récit sont classiques. C’est le bonheur et son contrepoint, l’échappement, qui sont en ligne de mire et la terreur primaire n’est, définitivement, plus à l’ordre du jour. Il n’y a donc plus besoin de faire les exercices de style de Rec 1 et 2 qui paraîtraient déplacés.

Alors que les deux films étaient des films d’horreur à prendre au premier degré, Rec 3 Genesis joue davantage la carte du grotesque. A titre d’exemple, nous ne sommes pas loin de la démarche d’un Tobe Hopper entre ses deux Massacre à la tronçonneuse. Ici, même s’il utilise quelques plans qui sont plutôt bien sentis dans la construction de l’angoisse, Paco Plaza joue sur les effets gores et grandiloquents, sur les situations absurdes et sur les punchlines accrocheuses. D’une certaine manière traditionnelle, Rec 3 fait figure d’objet plus écrit. C’est le premier mérite du cinéaste espagnol qui essaie d’ouvrir la franchise qu’il a co-créée vers des territoires nouveaux. En aérant son Rec, il évite ainsi la redite.

D’ailleurs, derrière la farce se cache une humanité insoupçonnée, prouvant définitivement la volonté de s’affranchir de l’objet à sensation brute. Rec 3 Genesis se veut être finalement un parcours romantique entre un homme et une femme qui s’aiment. Les événements vont leur permettre de mettre en application leurs sentiments et les multiples zombies ne sont que des tests dans la construction de leur relation. Mieux encore, le métrage ose lorgner du côté de la tragédie. Comme dans tout film d’horreur qui se respecte, le happy end ne peut pas avoir lieu et le final mettra en exergue une certaine image du couple maudit où le monde ne peut pas les accepter. Néanmoins, ces remarques, si elles innervent le métrage, ne sont qu’effleurées et dire que l’émotion pure est au rendez-vous serait inexact. Paco Plaza n’a pas trop osé aborder frontalement ces nouveaux enjeux car gêné par un mélange des genres qu’il a tenté mais qu’il n’a pas su maîtriser. Le film part, en fait, un peu dans tous les sens. C’est dommage car cela aurait pu donner à Rec 3 Genesis une bien belle identité.

Mais la plus grande faiblesse du film réside dans le fait que rien ne nous est appris quant à la mythologie recienne. La chose est terriblement dommageable car Rec 3 prétend s’appeler Genesis. Certes, il existe des explications dans les deux premiers opus mais le spectateur aurait dû alors plonger dans les origines profondes du Mal. Et même si ces nouvelles données avaient été traitées sur le mode du grand guignol, la franchise Rec aurait quand même gagné en cohérence thématique. Ici, il y a comme une impression que le sous-titre Genesis n’a été choisi que par rapport à la situation de mariage. Cela ne fait pas sérieux pour un sou et même si le film refuse cette catégorisation, un minimum de respect n’aurait pas été de refus.

Si le film peut paraître agréable par certaines idées intéressantes mais il reste globalement loupé dans son rendu. On peut également se demander l’intérêt profond d’une telle mise en chantier. Au regard de l’histoire du cinéma d’horreur, les grandes franchises horrifiques (Freddy, Jason, Halloween) ont toujours essayé, parfois pour le meilleur, souvent pour le pire, d’approfondir leurs propres enjeux. Ce n’est pas le cas ici et Rec 3 Genesis apparaît finalement quelque peu illégitime.

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