Radiostars

Les feel good movies sont bien rares dans les productions alors qu’elles sont légions dans la cinématographie américaine. Alors quand arrive Radiostars, tout le monde se frotte les mains. Il est vrai qu’avec cette petite bande de potes, animateurs radio, qui prennent la route pour renouer avec le succès public, les voyants auraient pu être au vert. Sauf que…

…Sauf que c’est bien facile de louer un film sur un statut de rareté dans le paysage cinématographique français, cela ne suffit pas à en faire un bon film. Déjà, il souffre de la comparaison avec d’autres métrages étrangers qui foutent la banane. Radiostars n’a clairement pas l’étoffe de ses cousins américains sortis récemment comme Bienvenue à Zombieland, Scott Pilgrim Vs The World voire Presque Célèbre pour le strict film « musical ». Pourtant, les qualités sont là. La troupe de comédiens est d’une forme éclatante et insolente (mise à part peut-être le personnage de Ben joué par un Douglas Attal assez fade), la bande originale est monstrueuse (commencer par du Vampire Weekend et terminer par les Lords Of The Underground, ça claque), les décors et autres accessoires sont suffisamment cools (mention spéciale aux tee shirts de Manu Payet) et surtout, les blagues sont généralement bonnes. Certes, il y a quelques facilités mais certaines arrivent à plonger dans la méchanceté universelle. A ce niveau, les dialogues concernés tapent sur à peu près tout le monde donnant à Radiostars un côté politiquement incorrect assez savoureux. Et puis, il faut voir le personnage de Clovis Cornillac, se grillant cigarette sur cigarette, pour une bonne ou une mauvaise raison. La chose est suffisamment rebelle de nos jours pour qu’elle soit mise en avant. Pire encore, pour tous les amateurs de cinéma, la nostalgie n’est pas loin de gagner en pensant à tous ces personnages d’antan qui ne vivaient pas dans une société aseptisée. Cette dernière sensation pose également Radiostars aux limites de l’autobiographie. On sent le vécu d’un homme qui regarde son passé avec tendresse en se disant qu’il s’en était quand même payé une bonne tranche. Cela donne une bonne dose de sincérité à un projet viscéralement humain. Enfin un réalisateur / scénariste qui envoie ses tripes dans un film et qui évite les diktats moraux et commerciaux de l’industrie cinématographique ! C’est l’exclamation suprême qui devrait nous emporter et nous faire crier de plaisir. Hélas, le soufflet retombe vite car tout cela ne fait que rester en apparence.

Le problème, c’est que l’humour ne tient pas toujours la route car le film s’essouffle. Surtout, le métrage n’arrive, ou ne veut pas, plonger plus loin dans un jusqu’au boutisme qui lui aurait conféré ce réel statut iconoclaste qu’il recherche tant. Les blagues n’appuient pas suffisamment car elles font preuve davantage des fulgurances momentanées que d’une réelle présence globale. Une sensation de caresse plus que d’uppercut enrobe alors le film. Finalement, le politiquement incorrect devient vite une façade derrière laquelle se cache une certaine vacuité. Le parcours de ces stars de la radio est, on le répète, une virée sur la route. Or, et c’est pourtant le propre du road movie, les personnages n’arrivent pas à évoluer en profondeur dans leur trajectoire humaine, restant dans leur propre logique personnelle, dans leur même statut identitaire. Non seulement les dialogues plongeant dans l’intimité, le doute, la réflexion sont rares, mais leur présence est vite rattrapée par le besoin quasi dictatorial de la comédie. Le réalisateur est-il en manque de confiance par rapport à l’identité de son métrage ? Surement pas car il semble avoir conscience de ces problématiques. Ce que Romain Levy veut, c’est faire rire, tout simplement. En tout cas, il a rapidement oublié que le dramatique et le comique ont de réelles connivences qui peuvent s’entremêler et qu’un minimum de plongée dans l’humain donne un corps plus riche au métrage. Ici, les genres apparaissent davantage listés, une fois à toi (un peu), une fois à moi (beaucoup), dans une pure volonté calculatrice, pour donner à Radiostars cette construction simpliste tout à fait dommageable. Puis, c’est le cheminement géographique qui pose problème. La province est vue seulement par l’aube de leur futur succès dans une pure logique parisianiste hautaine, condescendante voire communautariste. En effet, personne ne se rencontre finalement, aucun ne cherche à s’apprivoiser réellement. La géographie n’arrive pas à contaminer l’humain. Si le réalisateur essaie de sauver la face lors de l’épisode de Marseille, le propos final reste donc terrible. La faute pourrait en revenir à une mise en scène indigente, plate et aux limites télévisuelles et à un scénario facile ne prenant pas le temps d’être écrit. On aurait pu alors excuser le cinéaste dont c’est ici le premier film. Néanmoins, les intentions sont bel et bien là, trop flagrantes et aisément identifiables par le spectateur qui ne veut pas se laisser avoir par le travestissement de circonstance qu’est la recherche de la bonne humeur à tout prix.

Radiostars aurait pu être un bien bel objet s’il s’était, premièrement, plus engagé, autant dans le fond que dans la forme. Deuxio, il aurait dû éviter un léger sens de la supériorité envers son public global qui peut le rendre presque détestable. On attend, finalement, toujours un grand film de potes français récent (Les Beaux gosses ?).

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