The Raid

Les films indonésiens, ce n’est pas pour dire, mais on en voit rarement sur les écrans français. Pourtant, après un parcours digne des plus grands dans différents festivals, et auréolé d’une critique fascinée et peu avare en compliments (« culte », « le meilleur de l’action depuis vingt ans », etc…), voici qu’arrive The Raid dans les cinémas avec aux commandes un certain Gareth Evans, un jeune réalisateur gallois parti tenter sa chance en Asie (une fois n’est pas coutume !).

Autant écrire ce papier comme le cinéaste a posé son film : en mode uppercut violent au menton. The Raid est une petite bombe à fragmentation qui explose pas mal de choses sur son passage et notamment son rapport à autrui en osant poser un questionnement vital au spectateur : depuis quand n’avait-t-on pas reçu une telle claque au sein du cinéma d’action ? Au diable les crétineries productivistes de Luc Besson sans scénario, aussi mince soit-il, et réalisé par des réalisateurs sans identité ! Finis les films naviguant entre le bas du front et l’entrejambe dans l’unique dessein racoleur de flatter quelques bas instincts de quelques spectateurs pris pour des crétins ! The Raid se place au-dessus de toutes ces productions médiocres et surtout, au-delà du mercantilisme, les deux choses étant irrémédiablement liées par leur logique de faire de l’argent facile sur un temps de cerveau disponible. The Raid est donc avant tout un film qui défie les lois de l’argent. Chaque recoin de l’image, chaque seconde de l’action respirent la sincérité. Le spectateur se croit alors revenu aux bons vieux temps d’un certain cinéma d’action où un fer de lance comme John MacTiernan prenait Predator et autre Die Hard sous son aile et en faisait des métrages d’une puissance rare. D’ailleurs, à l’instar des films de McT, il ne faut pas chercher ni un semblant d’hommage, ni de clin d’œil pompeux ou de nostalgie qui sentirait le réchauffé dans le métrage de Gareth Evans. Même si des analogies peuvent être faites avec quelques productions légendaires asiatiques, The Raid existe avant tout par et pour lui-même. Ici, tout est à prendre au premier degré, autant le genre que l’histoire. Certes, cette dernière ne déploie pas des trésors d’originalité mais elle a le mérite de proposer quelques archétypes bien sentis qui trouveront leurs dénouement dans les scènes d’action. La linéarité du film n’est pas gratuite, où à un combat succède un autre, mais dans des logiques narrative et thématique constructives. Le cinéaste voulait nous bastonner la gueule ; il y est arrivé avec intelligence, décence et respect.

Car c’est bien d’un film d’action dont on parle. Et le mieux que l’on puisse dire, c’est que The Raid remplit parfaitement son contrat. Une fois le prologue passé, le spectateur est plongé dans un déferlement de scènes toutes plus époustouflantes les unes que les autres avec en point d’orgue un dernier combat qui défonce tout sur son passage, beau, violent et aux limites de l’émotion (si, si !!!). Surtout, Gareth Evans a su enrober son film de quelques plus qui le rendent intéressant. En effet, de l’action pour de l’action, à la longue, cela aurait pu lasser un spectateur qui en aurait perdu ses rétines et son cerveau. Or, le film, s’il se suit, le doit à ses partis pris formels. Entre les scènes de pure adrénaline, le cinéaste réussit l’exploit de créer une atmosphère trouble et angoissante grâce à des mouvements de caméra que n’aurait pas renié un certain John Carpenter. Le métrage propose, également, une tonalité photographique basée sur les gris, les verts et les bleus et une musique electro-rock, parfois angoissante parfois dynamique mais toujours au service du climax, qui donnent à The Raid un fort aspect de décadence urbaine. La ville n’existe plus que par un duel entre la police et la mafia et l’entre-deux, même s’il est présent, a bien du mal à se définir et à exister sous peine de représailles des deux côtés de la barrière. Mais d’ailleurs, si cet immeuble fait figure de métaphore de la ville, celle-ci a-t-elle réellement existée ? La question mérite d’être posée et la réponse apparaît simple : non et elle fait place à un chaos humain. A cette lecture somme toute classique du film d’action, le métrage veut aller plus loin dans la représentation. En effet, à certains moments, nous ne sommes plus dans le cinéma mais davantage dans le jeu vidéo. Abstraction absolue des combats dans des pièces qui font figure de rings de jeux de baston, arrêt complet de l’action comme s’il fallait essuyer un boss, passage de niveau comme dans le jeu de plate-forme, radicalité purement graphique de la violence, The Raid essaie de contaminer le 7ème Art par ce qui doit devenir pour certains le 10ème. Le métrage devient alors complètement hybride et c’est bien pour cela qu’il fait tellement plaisir. Film résolument post-moderne dans sa forme, The Raid peut se classer entre Tsui Hark et, pourquoi pas, Scott Pilgrim Vs The World.

The Raid n’est pas un actionner comme les autres car il a l’honnêteté, l’intelligence et la volonté de ne pas prendre son spectateur pour un abruti décérébré. La chose est suffisamment rare dans les films d’action contemporains pour être remarquée. Gareth Evans en tant que réalisateur / scénariste / monteur, quant à lui, est à surveiller de très près.

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