Expendables 2

Après une première aventure qui avait laissé le spectateur quelque peu sur sa faim, voici que déboulent nos bourrins préférés pour un second opus qui sent bon l’adrénaline. Invitation à l’action et excitation qui accompagnait la bande-annonce, qu’elle soit en langue anglaise ou en version française d’ailleurs, et l’affiche, tout en flingues dehors et gueules énervées, titillaient les cojones. Après coup, Expendables 2 apparaît avant tout comme un film plus riche que le premier dans une dualité à la fois bonne enfant, cohérente et jouissive.

Pour ce nouvel épisode, Sylvester Stallone, sans doute fatigué de tenir plusieurs casquettes sur le plateau de tournage, a laissé la caméra à Simon West et a préféré se concentrer sur son personnage et peut-être à boire des bières avec ses collègues de baston. Mais Simon West (Les Ailes de l’enfer, Tomb Raider, Terreur sur la ligne, que des chefs d’œuvre !) est un réalisateur adéquat et idoine pour un tel projet dont on sait qu’il est le bébé de Sly. Sans trop de caractère ni d’identité cinématographique propre afin de ne pas faire d’ombre aux stars, il est suffisamment bourrin pour mettre en boîte scènes d’actions, cascades et explosions avec professionnalisme à défaut de brio. On pourrait alors croire que le deuxième volet des Expendables est un torchon commercial sans âme et destiné à amasser les billets au box-office. Les peurs du spectateur sont légitimes tant les plans ne sont pas d’une composition folle et d’une photographie léchée. Néanmoins, l’image a le mérite d’inviter le spectateur à s’en prendre plein les yeux et les oreilles grâce à un refus constant du hors champ et, par extrapolation, grâce à un montage qui ne s’encombre pas de fioritures. On frise parfois le n’importe quoi quand les ellipses abrègent la narration trop abruptement ou quand le découpage fait intervenir des situations parfois rocambolesques. Certains spectateurs pourront toujours rigoler devant les incohérences et le manque d’originalité cinématographique mais il faut voir que toute cette plastique est au service d’un projet stable.

Ce qu’il faut prendre en compte, ce que les personnages n’ont aucunement besoin qu’on leur invente une quelconque psychologie et donc une humanité. Ils sont en fait des figures tutélaires voire des icônes absolues. A l’instar des protagonistes sans caractérisation, les scènes pétaradantes ne proposent pas de début ni de fin. Pas d’exposition, pas de conclusion, elles offrent une globalité autour de l’action essentielle, véritable moteur du métrage. Les propositions de représentation sont totalement binaires et illustratives pour une compréhension directe et immédiate de ce qui se trame. Surtout, et c’est bien là l’un des nerfs principaux d’Expendables 2, l’ensemble est cohérent dans une logique nostalgique des films de l’époque. Le spectateur est devant son écran pour l’action, les gros bras, les fusillades et les combats en une expression, il est là pour ne pas se prendre la tête. Mais plus que cela, la mise en scène du film regarde vers tous les cinéastes qui ont permis à ces biscotos présents ici de devenir des superstars. On pense allégrement aux Marc L. Lester, George Pan Cosmatos, Peter MacDonald, Joseph Zito et autres Sheldon Lettich pour ne citer qu’eux (et pourtant, il y a en d’autres). Loin de les dénigrer ou de penser leurs incompétences, Expendables 2 plonge dans cette cinématographie la tête la première en proposant les mêmes artifices de forme que l’ensemble des métrages qu’ils ont tournés. On se rend alors compte de l’identité cinématographique de ce genre. Le métrage propose ainsi à la fois une lecture méta textuelle et un premier degré salvateur dans cet hommage. Le film vient presque nous dire que ces réalisateurs peuvent être considérés comme des auteurs à part entière car ils ont indéniablement une patte. Oui, le terme est lâché mais il paraît cohérent. Certains parleront de nullité à leur égard. Il faut y voir davantage de l’efficacité et surtout un profond respect pour un spectateur qui retrouve sans cynisme et sans condescendance ce qu’il est venu voir dans une salle de cinéma. Les pourfendeurs, les élitistes, les coincés pourront cracher dessus tant qu’ils pourront, ce cinéma-là est une forme à part entière de Septième Art. Il a fait les années 1980. Il a fait l’histoire. Tout simplement.

Néanmoins, derrière cet esprit sérieux, Expendables 2 touche aussi la corde sensible en convoquant l’humour, ce qui donne sa double identité. Parfois putassier, parfois référentiel, celui-ci est souvent juste et nous rappelle deux choses. La première est qu’il accompagne la logique plastique de respect aux 80’s. Le plaisir est autant dans l’action que dans cette propension à être bas du front chère à nos acolytes. Qui n’a pas en tête une réplique culte complètement décalée, féroce, démagogique ou tout simplement débile (au choix) qui nous a fait bien marrer à l’époque ? Ici, c’est du même acabit. Les vannes sont souvent miteuses et les voir balancer une bonne blague avant de tout faire péter peut paraître incongru et dénué tout réalisme. Tant mieux, c’est l’effet recherché ! N’ayons pas peur des mots, plus qu’une recherche de globalité autour du projet filmique, Expendables 2 est à ce niveau surtout attendrissant. En effet, tous ces principes d’écriture de dialogues et de situations ne peuvent être présents que dans ces types de films. Or, ceux-ci n’entrent plus dans les canons d’une production actuelle aseptisée, politiquement correcte et sur explicative. Ces éléments paraissent perdus à tout jamais. Expendables 2 – en attendant le 3 ? – est le parfait testament funèbre de ces gros bras, un ultime baroude d’honneur cinématographique, comme si un espèce de dinosaure voulait nous exploser la tête une dernière fois. Heureusement, il reste encore quelques petites touches qui nous font éviter la déprime.

En effet, la seconde touche d’humour aère le métrage en étant plus attrayante pour les novices. Plus référentielle donc, elle renvoie surtout à ces corps vieillissant de ces anciennes gloires qui ont maintenant bien du mal à suivre le rythme. Il faut donc voir tous ces papys, un peu rouillés mais toujours magnifiques, se foutrent de leur propre condition. Certes, cette dynamique n’est pas nouvelle. Elle était déjà présente dans les dernières livraisons de Sylvester Stallone (Rocky Balboa, John Rambo) ou dans les Arme Fatale, pour ne citer qu’un exemple plus ancien, avec ce bon vieux Roger qui n’arrêtait pas de rabâcher qu’il « est trop vieux pour ces conneries ». Néanmoins, ici, cela est d’autant plus impressionnant et significatif que le casting monumental, véritable puits à fantasme geek, est le nerf de cette usure physique, de cette guerre contre le vieillissement. Il est alors carrément jouissif de voir Norris, Van Damme, Schwarzy, Willis, Stallone et Lundgren tenter d’en faire un maximum pour nous régaler tout en sachant que les temps de Portés Disparus, Commande et Full Contact sont bien loin. Ils essaient alors leurs postures, leurs actions et leurs sentences iconiques tout en sachant bien qu’ils sont là pour nous rappeler ce qu’ils étaient, non pas ce qu’ils sont maintenant. Cela en fait-il un film passéiste ? Pas le moins du monde car il n’a pas le moins du monde envie de se poser comme un nouvel étendard. Conscient de son statut, le métrage procure davantage de la nostalgie et s’enrobe d’une certaine forme d’humilité quand on voit cet exercice lorgnant explicitement vers le second degré. Expendables 2 a finalement la décence et l’intelligence de ne pas vouloir se prendre de trop haut.

Il ne faut donc pas chercher de l’originalité dans cet Expendables 2, de toute façon, il ne la recherche pas. Il faut le voir pour le fun et pour se rendre également compte, une larme à l’œil, que des films de cette qualité et avec de tels standards ne sont plus faits pour les années 2000. Et si les films d’action, c’était mieux avant ?

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