Dans la maison

Peu de temps après Potiche, François Ozon nous revient vite sur les écrans, toujours avec Fabrice Luchini dans le rôle principal, avec ce Dans la maison. Ou comment un professeur de français dans un lycée se retrouve manipulé par l’un de ses élèves pour qui il se lit d’affection et qu’il encourage à écrire.

Le pitch de départ est sacrément excitant surtout quand on sait que le réalisateur français a un faible pour les atmosphères originales, décalées et tendues. Dans la maison ne pouvait être que parfait à ce niveau. Hélas, les apparences et les premières impressions sont parfois trompeuses car le métrage n’évite pas certains problèmes. Le film croule, en effet, sous le poids de ses références. Formellement, l’ombre d’Alfred Hitchcock plane à tous les niveaux. Une grande maison, des portes qui s’entre ouvrent, des regards qui échappent à toute pudeur, voici des éléments capables de bien faire ressentir un suspense digne du cinéaste anglais. Pourtant, le bât blesse. Jamais la caméra ne va réellement entrer dans la bâtisse. Elle ne scrute clairement pas suffisamment les couloirs et les pièces pour qu’une mise en place du hors champ s’active et le découpage est trop évident pour qu’il nous prenne à la gorge. Cela s’avère déjà insuffisant pour un cinéaste qui a habitué son spectateur à mieux quand ce n’est pas le jeu avec le décor qui apparaît absent tout au long du métrage exception faite de quelques frugales séquences qui ont bien du mal à rassasier. On ne parlera même pas de la scène finale, d’une vulgarité insoupçonnée et d’une laideur graphique épouvantable et kitch à souhait. La logique de continuité des aventures de Charles qui est proposée afin que le malaise chez le spectateur perdure après la projection (Dans la maison 2 ?) tombe alors complètement à l’eau. Le film perd tout son côté intriguant et son intérêt.

La thématique de la manipulation qui doit permettre un ressenti spectatoriel fort et qui est corrélée à la mise en scène n’est pas utilisée de façon optimale. Plus qu’à cause d’une forme pourtant défaillante en elle-même, la faute en revient à une mise à niveau équivalente entre les deux statuts et au fait que jamais le spectateur ne va se questionner sur la véracité – ou pas – des rédactions de l’élève. A ce titre, le film est bien trop divisé dans sa construction, pour ne pas dire manichéen. Il y a comme un champ (la vision de Luchini) et un contre-champ (la rédaction tirée du réel) qui existent sans une once de contamination entre eux deux pour susciter une perte d’appui chez le spectateur. Et là aussi, l’arrivée du final s’avère trop abrupte, trop sèche dans ses principes scénaristiques pour susciter surtout un mal à l’aise, tout du moins une crédibilité. Thématique toujours, mais cette fois-ci de manière plus extérieure, il faut également passer sur la tentative de réflexion sur la création. Où doit-on puiser l’inspiration ? De quelle manière la travailler ? Quels sont les outils pour l’exciter ? Autant de questions légitimes aux vues du nœud du scénario et de la multitude de références citées. Hélas, bien peu de réponses ne viennent à l’écran et François Ozon donne davantage l’impression de rouler des mécaniques sur ses connaissances nobles (Dostoïevski, Céline, Flaubert entre autres), de surligner à outrance que de penser réellement son propre sujet, de convoquer, de plonger. Les intentions sont bonnes mais la réalité du film ne tient pas la route et c’est bien trop peu pour un métrage censé être intelligent.

Pourtant, derrière ces enjeux, on pourrait faire confiance à l’écriture avec cette histoire d’intrusion d’un jeune homme, plutôt beau gosse de surcroît, dans une famille lambda. Bien entendu, le lycéen va mettre à mal la cohésion de cette entité qui présente bien sous tous rapports. Hélas, la passion n’arrive pas à décoller même s’il faut reconnaître que le film se suit bien grâce aux performances des acteurs et à une bonne science du rythme. Le spectateur n’est pas dupe et sait presque tout ce qui va se passer en avance à cause de tics trop grossiers. Surtout, c’est une autre référence qui vient poser problème : Pasolini. Le grand maître italien est présent à tous les niveaux, tantôt trop répété de manière générale dans des dialogues qui appuient trop forts (Salo), tantôt de façon plus précise dans une optique pure de référence cinématographique (Théorème). Le premier problème de ces citations est que le réalisateur français veut trop prendre par la main en rabâchant à voix haute qu’il veut faire du film un objet malsain. Le spectateur n’a plus alors son libre-arbitre de représentation et se retrouve pris à la gorge. Il faut qu’il trouve Dans la maison dérangeant. Le deuxième élément problématique est le manque d’aération. Avec un scénario identique, si le cinéaste de la Botte avait su dans son film majeur créer un réel trouble associé à une féroce critique sociale et politique, François Ozon ne parvient pas à faire la même chose avec Dans la maison. Non seulement, le cinéaste n’arrive pas à faire exister une quelconque once de malveillance à cause du côté convenu mais il oublie le côté revendicatif de son modèle. Le film, malgré quelques tentatives, devient alors presque sans âme tant les convocations sont surreprésentées.

A la vision de cette dernière livraison, le spectateur ne peut s’empêcher de se demander si les films de François Ozon ont déjà eu un sens fort, un discours à faire entendre, un propos à défendre. Bien entendu, la question est un peu forcée mais elle a le mérite d’être posée avec Dans la maison. En effet, non seulement le film est creux, tourne en rond, n’explore pas les limites de ses questionnements mais, surtout, le cinéaste veut essayer de cracher sur tout le monde sans prendre même le temps de la réflexion. Art contemporain, classe moyenne, population lettrée sont passés à la moulinette. Or, tout ceci apparaît gratuit, enfantin et terriblement forcé. Certaines œuvres exposées par Kristin Scott-Thomas sont plutôt intéressantes ; les couples de banlieue essaient de s’en sortir malgré leurs erreurs et leurs faiblesses ; frapper le professeur apparaît faible alors qu’il est malgré tout compétent dans sa profession. Pourtant, on peut se douter que François Ozon a baigné dans ces univers et qu’en tant qu’homme lettré, il est peut-être friand de ces différentes démarches. De plus, les façons dont les protagonistes sont condamnées ouvrent paradoxalement sur une forme de supériorité et d’élitisme. Le cinéaste les montre titulaires d’une petitesse d’âme sans qu’ils puissent réellement exprimer leurs identités et donc se défendrent. François Ozon leur met une chape de plomb sur leurs têtes et les évolutions ne pourront pas être à l’œuvre. Veut-il régler des comptes avec son passé ? Souhaite-t-il flatter son spectateur dans ses bas instincts sociaux et culturels ? Quelle est la part de sincérité du réalisateur dans cette démarche ? Mais au fait, dans son cœur même, le film n’est-il pas condescendant ? Finalement, le réalisateur est-il bien légitime à une telle critique ? Ce questionnement multiple vient innerver le métrage qui perd alors clairement son identité.

François Ozon signe un film bizarre où les réflexions qu’il propose ne sont pas celles que le spectateur est en droit d’attendre. Même s’il reste poliment agréable à regarder, Dans la maison ne se pose pas comme l’un des films français de l’année, titre auquel il était en droit d’espérer vu le pedigree de son auteur.

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