Sinister

Le cinéma de genre américain s’est découvert une nouvelle tête de gondole. Paranormal Activity par ici, Paranormal Activity par là, il n’y a que cette franchise qui trône sur le devant de la scène commerciale. Sinister ne déroge pas à la règle au regard de la tagline de l’affiche : par le producteur de Paranormal Activity.

Comme pour marquer sa ressemblance avec la franchise à succès, le début du film nous envoie un modèle identique à base de found footage. Ici, pas de caméra amateur moderne mais une vision en Super 8. Alors que l’on pourrait crier à la surenchère d’une telle représentation, cela s’avère être la bonne idée du film. Le Super 8 augure, en effet, un potentiel de flippe intéressant de par sa texture à base d’image granuleuse et de son aléatoire et par son rapport à l’écran, beaucoup plus vertical qu’horizontal. Cela permet de décontenancer le spectateur dans son rapport à l’image cinématographique. Ce type de film n’étant plus trop à l’ordre du jour, il permet de jouer sur une ancienneté sans doute fantasmée  pour un auditoire peut-être pas assez habitué à ce type d’image. Par bonheur, cette représentation va petit à petit contaminer le métrage pour le plus grand amateur du frisson au cinéma avec cet ancien qui va prendre possession de la nouveauté. Le Super 8 innerve l’image mp4 et le spectateur peut se retrouver alors perdu. Il ne sait plus quelle image croire, s’il doit avoir confiance en une modernité qu’il connaît pourtant sur le bout des doigts. Néanmoins, il ne faut pas non plus crier au génie. Le discours, en effet, aurait pu aller beaucoup plus loin. On se rend bien compte que le réalisateur a davantage envie de tendre vers une terreur des temps modernes plutôt que de réfléchir sur le sens, la signification, la valeur des images. Le spectateur aurait peut-être aimé un réel propos plus qu’un vague lignage de la thématique. Avec ces matériaux, le cinéaste aurait pu élaborer la plongée dans un réel qui devient de plus en plus fou pour une passation de genre entre horreur et fantastique. Et ce n’est pas le plan final qui va nous convaincre, celui-ci étant d’une facilité, peut-être maladroite, tout du moins déconcertante.

C’est réellement à ce niveau discursif que le niveau du film diminue. Outre le rapport à l’image, le réalisateur a envie d’aller vers des territoires ambitieux. Le personnage incarné par un Ethan Hawke au meilleur de sa forme était pourtant passionnant. Cet écrivain torturé et en mal d’inspiration qui cherche le best-seller à tout prix pouvait se voir sur deux trajectoires. Premièrement, la crise. On entend partout qu’il lui faut de l’argent pour mettre sa famille à l’abri du besoin. Hélas, ce ne sont que des lignes de dialogue énoncées dans le vide. Pour une dimension politique, il faudra repasser. Deuxièmement, la psychologie. Une plongée dans la folie du romancier n’aurait pas été de refus, même si une connexion avec le Shining de Stanley Kubrick aurait forcément été énoncée. On comprend, de ce fait, le rejet du cinéaste à aller dans cette direction car peut-être avait-il conscience d’un tel rapprochement. L’héritage est beaucoup trop lourd. Par contre, c’est sur le propre rapport à l’écriture que Scott Derrickson aurait dû jouer. C’était facile, tout est cité dans le film. Ethan Hawke veut écrire son De Sang froid. Il veut être le nouveau Truman Capote. Derrière cela, un texte sur la condition professionnelle de l’écrivain en particulier, et de l’artiste en général, aurait été bien vu. Au lieu de cela, le spectateur a droit à une banale histoire d’ésotérisme. Certes, cela marche toujours, une telle démarche renvoie forcément à nos peurs les plus vicieuses. Un boogeyman, des livres anciens et quelques signes païens et, hop, l’affaire est dans le sac. Peut-être pour le cinéaste mais pas pour le spectateur averti. Quand ce dernier voit que Sinister aurait pu être profond et ambitieux, le fait de lui servir du stéréotype de genre, avec quelques exemples malheureux – la figure du chien, typique cerbère qui fait porte entre le monde actuel et celui de l’horreur – n’aide pas à faire remonter le métrage dans le haut du panier. Scott Derrickson en fait clairement trop pour essayer de plonger son film dans le genre à tout prix. Surtout que dans l’absolu, ces références ne servent à rien d’un point de vue narratif ou même dans l’horreur.

C’est bien dommage car la forme est bel et bien efficace. Outre le Super 8, il est de bon ton de rappeler qu’un traitement sonore quand il est efficace est une pierre angulaire du cinéma d’horreur. Le réalisateur l’a bien compris. La bande-son est assez monstrueuse entre pur effet sonore et bande originale teintée de musique industrielle aux légères tendances minimalistes même si quelques effets un peu lourds qui forcent le trait sont à regretter. La mise en scène globale est également plaisante. La maison est bien mise en valeur avec des mouvements de caméra qui enclenchent le mystère quand ce n’est pas le hors champ et le noir qui viennent s’additionner. A ce titre, deux séquences font figure de maîtres-étalons. La scène de la boîte et celle du jardin. Les surprises sont là avec ces soubresauts venant après une certaine dilatation du temps, comme une pause avec la surprise finale. Ici, le réalisateur a une vraie patte du cinéma d’horreur et il connaît sa théorie. Sinister est certes efficace, donc et c’est déjà cela de pris. A ce niveau, il ne faut pas trop faire la fine bouche car au final, Scott Derrickson maîtrise pas mal son sujet formel et le genre a connu des véritables catastrophes comparées à ce métrage. Néanmoins, l’ensemble apparaît quelque peu assez vain. La forme apparaîtrait presque gratuite.

Avec Sinister, le spectateur pourra prendre son coup de flippe au cinéma. Et si tout ceci reste plaisant, nous ne sommes pas, non plus, devant l’élite du cinéma d’horreur. On aurait juste aimé des enjeux cinématographiques forts et non du filmage de surface. C’est tout mais c’est déjà beaucoup.

 

 

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