Du Plomb dans la tête

Du Plomb dans la tête

Walter Hill est de retour aux affaires avec Sylvester Stallone, l’un des derniers actioners qu’il n’avait pas encore dirigé, avec Du Plomb dans la tête. Mieux vaut tard que jamais, on se demande comment ces deux gus ne se sont pas rencontrés plus tôt tant leurs cinémas respectifs se ressemblent avec leurs caractéristiques sèches pour ne pas dire burnées.

Du Plomb dans la tête pourrait paraître, au premier abord, anachronique. Le réalisateur et l’acteur ne sont plus trop dans le vent tant dans le traitement même du film d’action, maintenant gangrené par l’esthétique à la Jason Bourne – pour faire vite – que dans la starification « sérieuse » où Sly fait davantage figure de has-been que d’héros ultime, laissant sa place à Jason Statham pour citer la figure contemporaine la plus célèbre. Pourtant, le métrage excite quand même les envies cinématographiques. S’il n’est pas nécessaire de revenir sur la carrière de Sylvester Stallone, il faut bien dire que Walter Hill est un sacré bonhomme, connu autant pour ses scénarios (Guet-Apens de Peckinpah), ses activités de producteur (la franchise Alien) que ses réalisations. Admiré pour sa cool-attitude avec 48 Heures qui a lancé de plein pied le buddy movie avec Nick Nolte et Eddie Murphy (L’Arme Fatale peut les remercier) que pour son bourrinage – Extrême Préjudice par exemple – ou sa crasse – Sans Retour, peut-être son meilleur film – le cinéaste a su marquer les années 1980 par une volonté toujours tenace d’envoyer des uppercuts à la face du spectateur et de faire de l’a-moralité un enjeu discursif majeur. Il est, si l’on pourrait dire, un peu l’héritier d’un Sam Peckinpah dans sa volonté à aller là où le rêve américain n’existe plus, n’existe pas et n’existera jamais. Et même si la fin de la décennie 1990 et le début des années 2000 avait légèrement sonné le glas pour le cinéaste tant ses projets se cassèrent la gueule les uns après les autres (Supernova a été un bide cosmique, c’est le cas de le dire), le spectateur appréciant le genre touchant à l’action, voire même nostalgique d’une certaine forme de cinéma, se devait d’attendre un film de Walter Hill rien que pour les bombes qu’il a posées dans le passé.

On ne devrait pas changer une formule qui gagne, ou qui a gagné. C’est bien ce que le réalisateur a envie de se dire quand on voit les différents positionnements de son dernier métrage. On y suit, en effet, un malfaiteur exerçant la profession de tueur à gage, Stallone donc, qui doit, sous la contrainte, s’associer à un flic qui débarque de la capitale fédérale pour aller enquêter en Louisiane. On retrouve, ici, les goûts toujours intacts pour suivre des personnages généralement associés aux bad guys dans le cinéma traditionnel qui ne s’encombrent pas trop de la loi et de la morale, pour plonger dans une violence parfois gratuite mais toujours percutante et pour retrouver de réels sentiments amicaux sincères où les deux protagonistes vont être obligés de s’entendre s’ils veulent mener à bien leur mission. Ainsi, en mélangeant toutes ces directions, le spectateur aura le droit d’assister à des scènes bien bourrines comme l’interrogatoire de Christian Slater qui commence sur une chaise pour finir en explosion de tout le décor et de deux bastons qui envoient le steak. La première se situe dans un bain turc dont l’entrée se trouve dans une ruelle bien sordide. On retrouve la propension de Walter Hill à aller dans des territoires malfamés, craspec, dangereux. S’ils ne sont pas complètement étudiés, le spectateur peut quand même sentir, de la part du réalisateur, un certain regard sur l’Amérique qui exclut et qui n’est pas sans rappeler un autre daron, William Friedkin. Cet espace particulier appelle alors naturellement à un combat qui ne fera pas dans la dentelle. D’ailleurs, au delà de la violence, le cinéaste s’amuse en proposant une dualité dans l’usage du caleçon (oui, oui !) qui aura son importance dans le développement théorique du métrage. La seconde pose ses bases à la fin du film, comme l’ultime règlement de compte. Là aussi, le réalisateur n’y va pas par le dos de la cuillère puisqu’il donne bonnement et simplement des haches à ses personnages. On pourra néanmoins regretter le faible charisme de l’adversaire de Stallone qui fait davantage figure de tétard que de possible remplacement à, par exemple, Vernon Wells (Commando) dans la liste des méchants « badass motherfucker ».

Parallèlement, la convocation du buddy movie se devait de tailler, également, dans le gras. Et ça le fait. A l’afro-américain se substitut l’Américain d’origine asiatique. Le personnage de Sylvester Stallone en profite pour sortir les habituels clichés racistes qui font office de véritables codes cinématographiques inhérents au genre mais qui ne vont pas plaire aux tenants du politiquement correct. Mais ça, les admirateurs du second degré s’en foutent et ils pourront se payer une bonne barre de rire à la simple évocation de Confucius ou de repas mexicano-italien. Bref, l’ensemble est enrobé d’un bon esprit de camaraderie sans pression et qui ne veut pas plaire à tout le monde. Cependant, le métrage augure un regret. Sly avait pour habitude, dans ses dernières livraisons, d’engager un réel discours sur le statut du héros actioner. Ici, rien de tout cela, le réalisateur a voulu faire un exercice qui respire la gratuité à plein nez. Si cela reste plaisant, le spectateur qui n’est pas habitué à un tel cinéma pourrait le trouver plutôt détestable. Les autres vont trouver cela jubilatoire, carré et même sain. Cela fait du bien de voir du muscle, de la sueur et de l’ordurier en ces temps parfois trop policés et uniformisés. Ne faisons donc pas la fine bouche, Du Plomb dans la tête sent donc bien le cinéma des années 1980, un cinéma passé et révolu dont on sait pertinemment qu’il n’est plus en odeurs de sainteté à Hollywood, mais qui a encore le droit d’exister. Ici, c’est bel et bien pour le meilleur !

Walter Hill est un réalisateur réfléchi. Si son métrage est estampillé « à l’ancienne » il n’oublie pas de proposer des données purement contemporaines. En ce sens, Du Plomb dans la tête est une passerelle. En effet, les interactions entre l’old school et le new school sont nombreuses et parfaitement maitrisées. Cela commence déjà par le corps même du film, son apparence première. Le scénario est, quand même, d’une simplicité enfantine qui ressasse les mêmes tenants et aboutissants depuis des lustres. Christian Slater, dont le plaisir de revoir la gueule est indéniable, s’offre même le luxe de nous balancer les nœuds de l’intrigue en deux / trois mouvements en plein milieu du métrage. De cette manière, Walter Hill se désengage complètement de l’écriture pour aller vers la surface, c’est-à-dire la violence ou la punchline. Pourtant, à côté de ce script insignifiant qui n’aurait eu pour but que de glorifier Stallone, le spectateur retrouve une mise en scène typique des années 2000. L’ensemble est très vulgaire avec ses fondus ou ses coupes rapides, son étalonnage parfois outrancier et sa caméra qui n’hésite pas à en faire des caisses. On connaissait Walter Hill davantage dans la sécheresse. Il fait, ici, un gloubi-boulga de post-modernisme qui devrait faire vomir les yeux mais qui prend, au final, toute sa cohérence. Et si Walter Hill avait envie de faire de son métrage un objet totalement hybride ? A y creuser de plus près, la réponse peut sembler évidente.

Si le scénario n’offre plus aucun enjeu quant à la résolution de l’enquête, il faut surtout voir de quelle manière celle-ci a été menée. Il y a, bien entendu, la méthode Sylvester Stallone. A grands coups de menaces chocs, de tires de chevrotine ou de poings dans la gueule, l’acteur fait le bourrin de service. Et ça marche ! Pourtant, tout ne serait pas arrivé sans l’aide de son acolyte, plus jeune. Finalement peu rompu aux méthodes expéditives, il préfère la faire moderne. Un téléphone portable et hop, l’affaire est pliée. Elle l’est tellement facilement d’ailleurs que son interlocutrice ne met pas dix plombes à chercher et à fournir les renseignements demandés. Pour la crédibilité, c’est sûr, il faudra repasser mais l’intérêt n’est pas là. C’est bien la vieille génération « de terrain » et la nouvelle « numérique » qui s’allient pour former une combinaison étonnante et efficace. L’hybridation, encore et toujours. Enfin, il faut prendre en compte la notion de justice. Sly veut la faire expéditive, selon son bon vouloir et en totale décalage avec la loi. D’ailleurs, avec un script basé sur les incompétences d’un système politique et économique vérolé et corrompu qui n’est pas sans rappeler les thématiques des années 1970, le réalisateur se désengage de toute notion de Loi du Talion et autre postulat plutôt fasciste. C’est plus compliqué que cela mais c’est surtout le peuple qui doit faire le ménage face à l’incompétence des puissants. A l’inverse de la démarche de Sly, Taylor, en bon policier, sait qu’il doit arrêter son partenaire malgré sa compréhension de la situation et du mécanisme politique. Il n’arrêtera pas de le dire tout au long du film. Surtout, cela le tracasse de suivre peu à peu les traces de Stallone. Il se rend bien compte que la loi n’est pas applicable pour certains et qu’il faut savoir désobéir à des supérieurs qui ne voient que le côté utile de la chose. Par cette démarche chez les personnages, Walter Hill fait de Du Plomb dans la tête un métrage qui questionne la notion de justice et sa place dans la société. Nous ne sommes plus dans le bourrin mais pas non plus dans le légalisme le plus angélique. Certes, il ne faut pas dire que le traitement se fait en profondeur mais poser une telle thématique mérite d’être souligné.

Du Plomb dans la tête pourrait être vu comme une idiotie qui ne devrait plus exister sur les grands écrans. Il est, pourtant, assez agréable à regarder pour son côté « à l’ancienne » et plutôt stimulant au regard des dichotomies qu’il présente. Une sympathique renaissance pour Walter Hill.

3 Commentaires

  1. selenien

    Pas d’accord non plus😦 … Si c’est pour refaire un film eighties autant revoir les classiques. Ce film a 30 ans de retard et c’est cousu de fil blanc. un minimum de travail ancré en 2013 était une obligation… 1/4

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