The Place Beyond The Pines

The Place Beyond The Pines

Blue Valentine avait été une petite surprise au moment de sa sortie et avait su poser quelques jalons intéressants dans le genre de la comédie romantique. Toujours avec un Ryan Gosling que l’on voit vraiment de partout en ce moment, Derek Cianfrance sort The Place Beyond The Pines où le spectateur pourra également côtoyer Bradley Cooper et Eva Mendes.

Les premières images questionnaient quant à l’identité du projet. The Place Beyond The Pines semblait s’inscrire dans la continuité de Drive, avec cette bande-annonce qui va, heureusement, s’avérer trompeuse. Après visionnage du métrage, cela relève, en effet, d’une stratégie purement commerciale où les décideurs ont décidé de capitaliser sur la nouvelle stature de Ryan Gosling et sur le succès du métrage de Nicolas Winding Refn. Le métrage part, alors, de manière bancale si l’on prend en compte le fait que cette démarche donne clairement l’impression que le projet n’est pas bien vendu aux yeux du spectateur. Dommage, mais également « ouf », pourrait-on dire, car le spectateur ne s’assiéra pas devant une redite du succès de 2011. Néanmoins, le projet sera sous influence et quelques modèles vont immédiatement surgir. Normal, ce n’est que le second projet réellement exploité de Derek Cianfrance. Ici, exit les expérimentations du génial Danois, c’est l’ombre de James Gray qui plane au dessus de cette Place. Ce ne sont pas les thématiques qui ressemblent à proprement parler – quoique ? – mais une recherche d’une certaine ambition cinématographique et une réflexion sur le personnage américain qui font lien. Histoire d’être sûr au sujet de l’identité de l’objet, on se rend vite compte que les premières images respirent la haute sphère cinématographique, il n’y aucun doute là-dessus, et laissent les stéréotypes que l’auditoire aurait pu se construire en dehors de la salle. The Place Beyond The Pines arrive donc, dès le départ, à déjouer les attentes d’un spectateur trompé par la prégnance commerciale. C’est un bon point. Avec sa narration en trois parties, le film veut multiplier les points de vue. Bien lui en a pris, cette proposition permet de rentrer au cœur des enjeux des personnages somme toute plutôt complexes et meurtris. Ces derniers dégagent tous une richesse bienveillante mise en valeur, il est vrai, par des comédiens au sommet de leur forme. Si Ryan Gosling peut recevoir quelques quolibets quant à une performance qui peut paraître monomaniaque, il arrive néanmoins à rendre compte d’une présence physique indéniable. Le travail sur ses costumes où l’utilisation du tee-shirt prend une dimension de caractérisation forte est assez remarquable quand ce n’est pas son corps qui fait étalage de sa personnalité profonde. Les autres stars sont, par contre, au diapason. Bradley Cooper délaisse, de plus en plus, son costume de « Sexiest Man Alive » et autre personnage à la coolitude absolue pour entrer dans des rôles plus sérieux, plus adultes, plus matures. Après Happiness Therapy, il vient confirmer un talent indéniable pour le genre dramatique. Il est en route pour la starification absolue, c’est certain. Mais le mieux n’est pas ici. C’est chez Eva Mendes que le spectateur le retrouve. D’une façon comparable à Bradley Cooper, quand celle-ci délaisse les oripeaux de la bomba latina, l’actrice est de la trempe des plus grandes. James Gray (encore lui, tiens tiens!) l’avait déjà prouvé dans son superbe La Nuit nous appartient. Derek Cianfrance vient le confirmer. Sans maquillage, à la fois physique et pudique, Eva Mendes bouffe littéralement l’écran en s’offrant un protagoniste qui fera date dans sa filmographie.

Hélas, les comédiens ne font pas la qualité d’un métrage. Malgré toutes leurs bonnes volontés et la richesse de leurs personnages respectifs, le film arrive à en être quelque peu éprouvant. Deux heures vingt, ça peut être long et c’est le cas de ce The Place Beyond The Pines. En effet, malgré les outils ambitieux de narration, le film sent parfois la redite et le manque d’originalité. C’est notamment la troisième partie qui souffre le plus de ces défauts. Même si le jeune acteur est compétent dans ce rôle de Jason qui devient le héros (Dane DeHaan, le psycho de Chronicle) et qu’il arrive à rendre son parcours intéressant, les relations qu’il noue, notamment avec son acolyte de lycée, sont quelque peu cousues de fils blancs. Parallèlement, la mise en scène n’arrive pas, globalement, à rendre compte d’une identité définie. Le spectateur se laisse porter alors que l’on sent que le réalisateur souhaite davantage le faire réfléchir. Les scènes ne sont, tout simplement, pas assez puissantes. C’est dommage, les deux parties précédentes arrivaient, pourtant, à jouer parfaitement sur la dualité, motif qui est le nerf du métrage. A la réalisation nerveuse de l’épisode Ryan Gosling (son arrivée dans le film est au poil, la séquence en moto dans la forêt reste suffisamment dégueulasse en terme de grain pour donner un rendu incroyable formellement) et à quelques constructions de plans bien senties (le champ / contrechamp entre Ryan Gosling et Eva Mendes pendant la fête foraine au moment de leur rencontre et sa suite quelques instants plus tard) se succèdent des éléments plus stables quand Bradley Cooper prend le relais scénaristique. Le procédé ne respire la nouveauté mais il a le mérite d’être totalement cohérent avec l’histoire et la psychologie des protagonistes respectifs. The Place Beyond The Pines joue clairement la division dans une unité qui, petit à petit, se double. Entre Ryan Gosling et Bradley Cooper, ce sont deux parties d’une certaine vie américaine – d’un rêve américain ? – qui se jouent. Le premier est un loser qui se brûles les ailes à force de ne pas savoir comment réagir et d’être constamment dans l’action – serait-il est trop américain ? ; le second est plus réfléchi et respire une ambition basée sur de hautes qualités morales – serait-il pas assez américain ? Ces trajectoires sont assez passionnantes et jouent clairement la carte de la profondeur. Par rapport à ces deux engagements forts, la troisième partie fait donc figure de surfaite avec ses conséquences filiales d’un événement précis. Elle est même inégale dans son corps même. Rien que son introduction fait sortir les gros sabots alors qu’un glissement progressif aurait été plus efficace et en ligne directe avec le projet global. Le discours sur la famille qui se disloque aurait, également, perdu de son côté prévisible et quelque peu lourd. On sent que le cinéaste veut entrer dans un mode ultra-tragique que n’aurait pas renié les grands maitres de la dramaturgie. L’héritage est, cependant, trop lourd à porter. N’est pas James Gray qui veut ! Malgré une touche personnelle que l’on peut sentir par moments, The Place Beyond The Pines tombe, parfois, un peu à l’eau.

Heureusement, la toute fin du métrage va tenter de rattraper le coup de plusieurs façons. Ce dénouement arrive, certes, un peu trop tard mais il vient témoigner d’une approche globale qui, même si elle est bancale, mérite le respect cinématographique. La réalisation arrive, enfin, à installer une certaine personnalité avec peu de choses (un cadre, une ligne de fuite, une composition en différents niveaux de plans) et le dialogue ose un terme essentiel qu’il ne faut pas révéler sous peine de gâcher la belle surprise. Tout juste peut-on dire que le réalisateur s’inscrit dans un courant purement américain et qu’il a conscience de beaux enjeux de civilisation. Le passé se doit d’être compris mais surtout mis de côté malgré toutes les fissures qu’il a créées pour pouvoir construire une personnalité à part entière, dénuée de toutes sortes d’artefacts qui viendraient contaminer de manière malveillante une trajectoire. Encore et toujours dans le Septième Art US, ce sont le futur et le mouvement qui importent et, à ce titre, le dernier plan, sublimé par la magie d’une chanson de Bon Iver est tout à fait cohérent dans sa démarche propre. Ce personnage de Jason, car c’est de lui dont il s’agit – pas de spoiler ici, tout reste assez prévisible – pourrait alors passer pour quelqu’un d’égoïste qui délaisse des proches qui l’ont toujours soutenu. Hélas, il ne peut pas faire autrement et ce, malgré tout l’amour qu’il leur porte, c’est indéniable. Ce héros prend alors toute sa force. Malgré tout, ‘on sent bien que c’est lui seul qui intéresse Derek Cianfrance. Son camarade perd alors de son importance et la dualité, définitivement la matrice essentielle du métrage, qui a essayé d’être construite entre les deux se fait morne. L’aller / retour entre ces pères et leurs enfants n’est plus recevable. En effet, malgré le parcours de Jason, jamais on ne va tomber sous le charme du deuxième adolescent. Le dispositif est pourtant cohérent car ils sont tous deux alignés de manière égale sur un même plan de représentation. Néanmoins, non seulement, il n’arrive pas à créer d’empathie tellement il paraît détestable mais les tenants et les aboutissants de ses comportements ne sont pas assez exploités. Le réalisateur donne tout bonnement l’impression de pas savoir quoi faire avec ce personnage si ce n’est de donner la soupe au plus intéressant. The Place Beyond The Pines passe, en conséquence, à côté de son ambition globale. Seules quelques figures arrivent à la toucher. C’est vraiment dommage. Pour rattraper le coup, toujours à la fin du film, le cinéaste va nous ressortir la dualité plus globale, histoire d’enrober le tout dans une cohérence qui ne marche que par instants. Là-aussi, hélas, cela apparaît trop tardivement. Ainsi, il faut voir cette petite ville qui se dérobe petit à petit pour faire place à la nature. La dernière confrontation s’y passe et c’est bien par elle que le jeune héros va se rendre compte de son identité propre. La toute fin où on le voit au milieu de nulle part vient confirmer cet état. Le titre du métrage, The Place Beyond The Pines prend alors toute son importance. La place est à construire, indéniablement, et si possible loin de ces pins qui bordent la petite ville où se situe l’action du film.

The Place Beyond The Pines veut essayer de s’immiscer dans le haut du panier du cinéma américain contemporain. S’il y arrive par certains moments, les quelques défauts ne permettent pas au métrage de construire sa propre ambition. La marche est encore trop haute pour Derek Cianfrance.

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