Donnie Brasco

Al Pacino est un habitué du genre du films de gangsters auxquels il a généralement donné le meilleur de lui-même. Ne perdons pas de temps à tous les citer, tant certains sont devenus de véritables chefs d’œuvre, non seulement du genre mais du Septième Art en général. Donnie Brasco, même s’il est clair qu’il n’appartient pas à la veine des grands n’a pas à rougir de la comparaison et fait largement bonne figure dans sa filmographie.

Comme toujours, la thématique reste la même, celle d’une société gangrenée de l’intérieur par un parasite qui va la conduire à sa perte. Nous pouvons passer sur les histoires de trahison et de règlements de compte qui sont légion dans le polar. D’ailleurs, le générique du début montre déjà la mafia à sa perte, dans une série de photos reprenant le concept mortuaire de Roland Barthes.

Ce qui intéressant dans ce Donnie Brasco, c’est le discours sur la famille, la vraie. Autant chez Donnie que chez Lefti, la gent féminine souffre à cause de leur condition mortuaire, toujours condamnée à rester isolée dans un espace clos, la maison, qu’aucun mouvement de caméra ne vient aérer. Les enfants n’ont plus de repères et commencent à se rebeller. Le fils de Lefti se drogue et les filles de Donnie ne le respectent plus. La figure paternelle manque cruellement et la femme seule ne peut pas supporter toute seule la tragédie familiale qui se déroule sous ses yeux. Entre éducation des enfants, vacillant entre autorité pure et tentative de réconfort et rôle d’épouse fragilisée par une situation qu’elle ne maîtrise pas, il est tout à fait normal que la cellule se brise.

D’ailleurs, ce discours se veut encore plus fort car Donnie recherche dans la mafia cette famille qu’il n’arrive plus à créer avec son épouse et ses enfants. Il traîne, certes parfois malgré lui, chez Lefti, le père de substitution, mais le spectateur ne peut occulter le fait qu’il s’y sente à l’aise. Quand nous savons ce qui trame dans l’intime de Lefti, et à dans la Famille, nous pouvons facilement conclure sur l’état de la famille américaine, ravagée autant par l’intérieur (ses propres membres) que par l’extérieur (la pression professionnelle). Et sus au rêve américain que les membres de la mafia espèrent un jour toucher (cf leur goût du luxe) ! Mike Newell fait preuve ici d’un propos fidèle à ses aînés et compatible avec le genre, souvent révélateur d’une dominante psychologique.

Pour illustrer ces thématiques, rien ne vaut une bonne équipe d’acteurs. Elle est, ici, bien présente. Al Pacino est au top et arrive à ne pas trop cabotiner, ce qui fait du bien ; Johnny Depp offre son joli minois au personnage-titre et il faut bien dire que cela lui correspond totalement, entre fausse naïveté et explosion de colère ; Michael Madsen et les autres seconds couteaux apportent, quant à eux, leurs expériences et leurs charismes. Pas un seul personnage n’est en trop ou pourrait apparaître faiblard.

Pourtant, confier la réalisation à Mike Newell, réalisateur quelque peu inconnu mais sortant de l’énorme succès de 4 Mariages et un enterrement, aurait pu être quasi-suicidaire. Sans avoir le talent de ses illustres aînés, force est de reconnaître qu’il ne s’en sort pas trop mal, notamment en terme de récit. Le film, plutôt long (plus de deux heures) et dénué de tout suspense (le coup de l’infiltré, tout le monde sait comment cela se termine) se déroule sans accroc majeur, où le spectateur se fait tranquillement embarquer dans une rythmique plaisante et grâce à des lignes de dialogues percutantes. La mise en scène trahit les références inhérentes au genre, notamment des effets que n’aurait pas reniés Martin Scorsese, mais voyons cela plus en terme d’hommage que de vulgaire copier coller. Elle demeure néanmoins suffisamment élégante pour ne pas choquer le spectateur averti et évite par la même toute tentative de crier au scandale du pastiche.

En cela, Donnie Brasco dépasse le stade du divertissement pur pour aller vers quelque chose de plus profond, proposant un discours et témoigne ainsi d’une véritable vision de cinéma.

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